Après l’accouchement, la douleur est normale - que vous ayez accouché naturellement ou par césarienne. Mais si vous allaitez, chaque médicament que vous prenez devient une question de sécurité pour votre bébé. Beaucoup de femmes se demandent : quels analgésiques puis-je prendre sans mettre mon enfant en danger ? La réponse n’est pas compliquée, mais elle exige clarté et précision.
Les médicaments les plus sûrs : ibuprofène et acétaminophène
Si vous ne prenez qu’un seul analgésique pendant l’allaitement, choisissez l’ibuprofène ou l’acétaminophène. Ce sont les deux seuls médicaments recommandés en première ligne par l’Académie américaine de la médecine de l’allaitement, l’ACOG et la plupart des hôpitaux en France et aux États-Unis.
L’ibuprofène passe dans le lait maternel à hauteur de seulement 0,6 à 0,7 % de la dose prise par la mère. Les concentrations maximales dans le lait apparaissent 1 à 2 heures après la prise, puis chutent rapidement. L’acétaminophène est encore plus faible : entre 0,1 et 1,0 % de la dose maternelle. Aucun des deux n’a été lié à des effets secondaires chez les bébés allaités, même avec une prise régulière.
La plupart des médecins recommandent de les alterner toutes les 3 heures pour un soulagement continu. Par exemple : acétaminophène à 8h, ibuprofène à 11h, acétaminophène à 14h, etc. Cela permet de maintenir un niveau de soulagement stable sans surcharger le corps avec un seul médicament.
Les opioïdes : à utiliser avec prudence et seulement si nécessaire
Si la douleur est trop intense - par exemple après une césarienne - vous pourriez avoir besoin d’un opioïde. Mais ici, les règles changent. Tous les opioïdes ne sont pas égaux. Certains sont dangereux. D’autres peuvent être utilisés en toute sécurité… si vous suivez les bonnes pratiques.
Le morphine est le seul opioïde largement considéré comme sûr pour l’allaitement. Pourquoi ? Parce que les bébés absorbent très peu de morphine via le lait - seulement 0,5 à 1 % de la dose maternelle. Même si la morphine est présente dans le lait, son faible taux d’absorption intestinale chez les nourrissons la rend presque inoffensive.
L’oxycodone est une autre option, mais avec des précautions. Elle passe dans le lait à 0,1 à 0,5 % de la dose maternelle. Elle peut provoquer une somnolence chez le bébé, parfois jusqu’à une dépression respiratoire rare. Si vous devez la prendre, faites-le juste après une tétée, pas avant. Cela vous laisse 3 à 4 heures avant la prochaine tétée pour que le taux dans le lait diminue.
Les médicaments à éviter absolument : codeïne et tramadol
Ne prenez jamais de codeïne ou de tramadol pendant l’allaitement. C’est une règle absolue, pas une suggestion.
Le codeïne est transformé par le foie en morphine. Mais chez 1 femme sur 100 - principalement d’origine caucasienne - cette transformation est excessive. Ces femmes sont appelées « métaboliseurs ultra-rapides ». Elles produisent des niveaux de morphine dans leur lait jusqu’à 20 fois plus élevés que la normale. Plusieurs bébés sont décédés dans les années 2000 après que leurs mères ont pris du codeïne. L’FDA a renforcé son avertissement en 2017. L’ACOG et l’ASHP interdisent désormais son usage chez les femmes qui allaitent.
Le tramadol est encore plus imprévisible. Il est transformé en un métabolite actif, le M1, qui peut provoquer une dépression respiratoire grave chez les nourrissons. Même à des doses normales, des cas d’arrêt respiratoire ont été rapportés. L’FDA a publié un avertissement en 2018 et a renforcé ce message en 2019. Il n’y a pas de dose « sûre ». Il n’y a pas de façon de prédire qui va le métaboliser de manière dangereuse.
Comment prendre les médicaments pour minimiser l’exposition du bébé
Si vous devez prendre un opioïde, voici la meilleure stratégie :
- Prenez le médicament juste après une tétée, pas avant.
- Attendez au moins 3 à 4 heures avant la prochaine tétée. Cela permet au taux de médicament dans le lait de baisser.
- Ne dépassez jamais la dose prescrite. Même une dose supplémentaire peut être dangereuse.
- Surveillez votre bébé pendant 24 heures après chaque prise : somnolence excessive, difficultés à téter, respiration lente ou irrégulière, constipation.
- Ne prolongez pas l’usage au-delà de 4 à 6 jours. Les opioïdes ne sont pas faits pour une utilisation prolongée.
Ne « pompez et jetez » pas votre lait. Cette pratique, qui consistait à jeter le lait pendant 24 heures après une anesthésie, est obsolète. Les études montrent que les quantités de médicaments transférées sont trop faibles pour être dangereuses - sauf dans le cas du codeïne ou du tramadol. Votre lait est sûr. Gardez-le. Donnez-le.
Les autres médicaments à éviter : naproxène et indométhacine
Le naproxène et l’indométhacine sont des anti-inflammatoires comme l’ibuprofène, mais ils ne sont pas recommandés pendant l’allaitement, surtout si votre bébé est prématuré ou a moins de 2 mois.
Le naproxène reste dans le lait maternel plus longtemps - jusqu’à 24 heures - avec des concentrations de 1,5 à 2 % de la dose maternelle. Cela peut entraîner des saignements, des troubles rénaux ou une somnolence chez le bébé. L’indométhacine a des effets similaires. Même si une seule prise accidentelle n’est pas catastrophique, ces médicaments ne doivent pas être utilisés de façon régulière.
Que faire si vous avez déjà pris un médicament interdit ?
Si vous avez pris accidentellement du codeïne ou du tramadol une seule fois, ne paniquez pas. Mais surveillez votre bébé de près pendant 24 à 48 heures. Cherchez ces signes :
- Un sommeil excessif : votre bébé ne se réveille pas pour téter toutes les 2 à 3 heures ?
- Des difficultés à téter : il semble trop fatigué, ou ne prend pas bien le sein ?
- Une respiration lente ou irrégulière : moins de 12 respirations par minute au repos ?
- Des selles très dures ou une absence de selles pendant plus de 2 jours ?
Si vous voyez un seul de ces signes, contactez immédiatement votre pédiatre ou rendez-vous aux urgences. Même un seul cas de dépression respiratoire peut être mortel.
Les nouvelles avancées : des tests génétiques pourraient changer la donne
Des recherches menées à la clinique Mayo en 2023 ont montré qu’un simple test génétique - pour détecter les variations du gène CYP2D6 - pourrait identifier les femmes à risque de métabolisme ultra-rapide avant même de prescrire un opioïde.
Cela signifie qu’un jour, les médecins pourraient savoir à l’avance si vous êtes à risque de transformer la codeïne en morphine de manière dangereuse. Mais pour l’instant, ce test n’est pas standard. Il est coûteux, peu disponible, et ne remplace pas la règle la plus simple : évitez la codeïne et le tramadol pendant l’allaitement.
Le message clé : l’allaitement vaut la peine d’être protégé
Les bénéfices de l’allaitement - immunité renforcée, lien affectif, réduction du risque de cancer du sein et des ovaires - dépassent largement les risques théoriques de la plupart des médicaments. Mais cette sécurité ne s’applique pas à tout.
Vous avez le droit d’être à l’aise, de guérir, et de prendre soin de vous. Mais vous avez aussi le droit de protéger votre bébé. Choisissez les médicaments les plus sûrs. Suivez les horaires. Évitez les pièges. Et n’hésitez jamais à demander à votre médecin : « Est-ce que ce médicament est vraiment sûr pendant l’allaitement ? »
La douleur post-partum n’est pas une épreuve à supporter seule. Avec les bons médicaments, vous pouvez allaiter en paix, guérir en douceur, et profiter pleinement de ces premiers jours avec votre bébé.
Kitt Eliz
décembre 20, 2025IBUPROFÈNE ET ACÉTAMINOPHÈNE = LE DUAL WIN 🚀🔥 J’ai pris les deux pendant 3 semaines après ma césarienne et mon bébé était plus alerte que moi ! Aucune somnolence, pas de coliques, juste un bébé qui téte comme un pro. La clé ? Alterner toutes les 3h comme dit dans l’article. C’est de la science, pas du hasard. 🩺💊