Suppléments alimentaires et produits naturels : Dites tout à votre équipe soignante

février 2, 2026 Loïc Grégoire 1 Commentaires
Suppléments alimentaires et produits naturels : Dites tout à votre équipe soignante

Vérificateur d'interactions médicament-supplément

Cet outil vous aide à vérifier si un supplément alimentaire interagit avec un médicament que vous prenez. En France comme aux États-Unis, les suppléments ne sont pas régulés comme les médicaments, ce qui signifie que des interactions dangereuses peuvent passer inaperçues.

Important : Cet outil ne remplace pas un avis médical. Si vous constatez une interaction, consultez immédiatement votre médecin ou pharmacien.

Vous prenez une gélule de curcuma chaque matin, une tisane de millepertuis pour calmer votre anxiété, ou un complément de glucosamine pour vos articulations. Vous pensez que c’est « naturel », donc sans risque. Mais si votre médecin ne le sait pas, vous pourriez être en danger. En France comme aux États-Unis, les suppléments alimentaires sont souvent considérés comme inoffensifs - et c’est une erreur coûteuse.

Les suppléments ne sont pas des bonbons

Les suppléments alimentaires, qu’ils soient à base de plantes, de vitamines ou de minéraux, ne sont pas soumis aux mêmes règles que les médicaments. En France, comme aux États-Unis, ils sont classés comme des aliments, pas comme des médicaments. Cela signifie qu’aucune autorité ne vérifie leur efficacité ou leur sécurité avant qu’ils ne soient vendus en magasin. Un produit peut contenir des ingrédients inconnus, des doses excessives, ou même des médicaments cachés - et vous ne le saurez jamais en lisant l’étiquette.

En 2022, plus de 16 900 cas d’effets indésirables liés aux suppléments ont été signalés aux autorités sanitaires aux États-Unis. Ce chiffre ne représente que 1 % des véritables incidents. Pourquoi ? Parce que la plupart des gens ne les signalent pas. Et la plupart des médecins ne posent pas la question.

Le silence des patients, le silence des médecins

Selon des études, seulement un tiers des personnes qui prennent des suppléments en parlent à leur médecin. Pourquoi ? Parce qu’elles pensent que ça n’a pas d’importance. Ou parce qu’elles ont eu l’impression que leur médecin ne prenait pas ça au sérieux.

Un patient prend du millepertuis pour la dépression. Il ne le dit pas à son médecin, car il pense que c’est « naturel ». Ce même patient se fait prescrire un traitement contre les troubles du rythme cardiaque. Le millepertuis réduit l’efficacité de ce médicament de jusqu’à 57 %. Résultat ? Une crise cardiaque évitable. Ce n’est pas une histoire rare. C’est un scénario qui se répète des milliers de fois chaque année.

Les produits les plus dangereux en termes de non-disclosure ? Le millepertuis, le ginkgo biloba, l’ail, le ginseng, et les compléments de glucosamine. Ces produits interagissent avec des anticoagulants, des antihypertenseurs, des antidépresseurs, des contraceptifs, et même des traitements contre le cancer. Et pourtant, 89 % des patients qui prennent du ginkgo biloba ne le disent pas à leur médecin.

Les interactions qui tuent - et que personne ne voit venir

Le ginkgo biloba, souvent pris pour améliorer la mémoire, augmente le risque de saignements chez les personnes qui prennent de la warfarine (Coumadin). Une étude publiée dans le AMA Journal of Ethics raconte le cas d’un homme de 72 ans qui a eu une hémorragie cérébrale après avoir pris du ginkgo pendant six mois. Il n’en avait jamais parlé à son médecin. Il pensait que c’était « juste une plante ».

Le curcuma, populaire pour ses propriétés anti-inflammatoires, peut augmenter les effets des anticoagulants. Le calcium, pris pour les os, peut bloquer l’absorption de certains antibiotiques. La vitamine K, souvent prise par les personnes âgées, annule l’effet des anticoagulants. Même les vitamines B et D, qu’on croit inoffensives, peuvent interférer avec les traitements du cancer ou de l’épilepsie.

Et pourtant, la plupart des médecins ne connaissent pas ces interactions. Une étude montre que les étudiants en médecine reçoivent en moyenne 2,7 heures d’enseignement sur les suppléments pendant toute leur formation. Pas étonnant qu’ils ne posent pas la question.

Un patient présente des compléments naturels à une infirmière bienveillante dans un hôpital.

Comment dire la vérité sans avoir l’air ridicule

Vous avez peur qu’on vous juge ? Que votre médecin pense que vous êtes « dans la mode du bio » ? Ne vous inquiétez pas. La bonne nouvelle, c’est que les médecins veulent vraiment savoir. Ils ne demandent pas parce qu’ils ne savent pas comment le faire.

Voici une phrase simple à utiliser : « J’utilise quelques produits naturels ou suppléments pour ma santé. Est-ce qu’il y en a un qui pourrait poser problème avec mes médicaments ? »

Évitez les phrases comme : « Je prends juste un peu de curcuma » ou « C’est juste une tisane ». Ces mots minimisent le risque. Parlez clairement : nom du produit, dose, fréquence, et depuis quand vous le prenez. Si vous ne connaissez pas le nom scientifique, apportez la boîte. Un médecin n’a pas besoin de savoir ce qu’est le « gingembre bio » - il a besoin de savoir qu’il s’agit de Zingiber officinale à 500 mg par jour.

Les meilleurs médecins ne disent pas : « Prenez-vous des suppléments ? » Ils disent : « Quels produits, plantes, vitamines ou tisanes utilisez-vous pour vous sentir mieux ? » La différence est subtile, mais elle change tout. Elle montre que vous êtes un partenaire, pas un patient passif.

Comment bien documenter ce que vous prenez

Tenez un petit carnet. Pas besoin d’appli compliquée. Notez :
  • Le nom exact du produit (ex : Panax ginseng, pas juste « ginseng »)
  • La dose (ex : 400 mg par jour)
  • La fréquence (matin, midi, soir)
  • La raison pour laquelle vous le prenez
  • La date à laquelle vous avez commencé

Beaucoup d’hôpitaux en France et aux États-Unis ont maintenant des formulaires dédiés pour les suppléments, intégrés dans les dossiers médicaux électroniques. Si votre médecin ne vous en propose pas, demandez-le. C’est votre droit.

Des bases de données comme la Natural Medicines Database répertorient plus de 1 200 interactions connues entre médicaments et suppléments. Votre pharmacien peut y accéder. Posez-lui la question : « Est-ce que ce que je prends peut entrer en conflit avec mes médicaments ? »

Un médecin et un patient échangent sur les suppléments dans un salon chaleureux, tous deux notant des informations.

Le système change - lentement

Les choses bougent. En 2023, la majorité des hôpitaux en France et aux États-Unis ont rendu obligatoire la question sur les suppléments lors de l’admission. Les logiciels de dossiers médicaux comme Epic vont intégrer, dès le deuxième semestre 2024, un module dédié qui vérifie automatiquement les interactions.

La France a aussi commencé à sensibiliser les professionnels de santé. Des formations gratuites sont maintenant proposées par l’INPES et l’ANSM sur la gestion des produits naturels. Mais la clé, c’est vous. Pas la loi. Pas le logiciel. Vous.

Vous êtes le seul à pouvoir vous protéger

Les suppléments ne sont pas dangereux en soi. Mais le silence autour d’eux l’est. Votre médecin ne peut pas vous protéger s’il ne sait pas ce que vous prenez. Et vous ne pouvez pas vous protéger seul si vous ne parlez pas.

La prochaine fois que vous allez chez votre médecin, votre pharmacien, ou même votre kinésithérapeute : dites-le. Pas comme un aveu. Pas comme une excuse. Comme un fait. Comme une partie essentielle de votre santé.

Parce que ce n’est pas « juste une plante ». C’est un ingrédient actif. Et comme tout ingrédient actif, il peut changer votre vie - pour mieux, ou pour pire.

Pourquoi les médecins ne posent-ils pas la question sur les suppléments ?

Beaucoup de médecins n’ont pas reçu de formation sur les suppléments alimentaires. Ils ne savent pas quels produits sont dangereux ou comment les interroger. C’est un vide dans leur formation. Mais ce n’est pas une excuse. Quand un patient mentionne un supplément, le médecin doit le prendre au sérieux. La bonne pratique, c’est de poser la question dès le premier rendez-vous : « Quels produits naturels ou compléments prenez-vous pour votre santé ? »

Les suppléments « bio » ou « naturels » sont-ils plus sûrs ?

Non. « Naturel » ne veut pas dire « sans risque ». Le ricin, la ciguë, ou l’arsenic sont naturels - et mortels. Les suppléments « bio » peuvent contenir des contaminants, des pesticides, ou des doses inconnues. De plus, ils ne sont pas testés pour leur interaction avec les médicaments. Un supplément bio n’est pas un passe-droit pour ignorer les risques.

Dois-je arrêter mes suppléments avant une intervention chirurgicale ?

Oui. Beaucoup de suppléments, comme le ginkgo, l’ail, le ginseng, ou l’oméga-3, augmentent le risque de saignement pendant et après une chirurgie. Il est recommandé d’arrêter tous les suppléments au moins une semaine avant une opération - sauf si votre médecin vous dit le contraire. Ne prenez pas de décision seul. Dites-le à votre chirurgien et à votre anesthésiste.

Comment savoir si un supplément est de bonne qualité ?

Il n’y a pas de garantie absolue, mais vous pouvez réduire les risques : choisissez des marques qui ont été testées par des laboratoires indépendants comme USP, NSF, ou ConsumerLab. Regardez les étiquettes : elles doivent indiquer le nom scientifique de l’ingrédient, la dose exacte, et la date de péremption. Évitez les produits qui promettent des résultats miraculeux ou qui disent « certifié par la FDA » - la FDA ne certifie pas les suppléments.

Est-ce que les tisanes et les huiles essentielles comptent comme suppléments ?

Oui. Toute substance ingérée ou appliquée pour ses effets sur la santé - même une tisane de camomille ou une huile essentielle de lavande prise par voie orale - est considérée comme un supplément. Elles peuvent interagir avec les médicaments. La camomille peut renforcer les effets des sédatifs. L’huile de lavande peut augmenter la sédation avec les anxiolytiques. Ne les sous-estimez pas.


Loïc Grégoire

Loïc Grégoire

Je suis pharmacien spécialisé en développement pharmaceutique. J'aime approfondir mes connaissances sur les traitements innovants et partager mes découvertes à travers l'écriture. Je crois fermement en l'importance de la vulgarisation scientifique pour le public, particulièrement sur la santé et les médicaments. Mon expérience en laboratoire me pousse à explorer aussi les compléments alimentaires.


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1 Commentaires


martin de villers

martin de villers

février 3, 2026

Je prends du curcuma depuis 3 ans 🌟 et j'ai jamais eu un seul problème... sauf quand j'ai voulu faire une chirurgie et que le chirurgien a failli me tuer en me disant que j'étais un fou 🤡 #NaturelMaisPasBête


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