Beaucoup de femmes ne pensent pas à leurs médicaments avant de tomber enceinte. Et pourtant, c’est l’étape la plus cruciale pour protéger le bébé à venir. Les organes essentiels du fœtus se forment entre la 3e et la 8e semaine de grossesse - souvent avant même que vous sachiez que vous êtes enceinte. Si vous prenez un médicament dangereux pendant cette période, le risque de malformations congénitales peut augmenter de 2 à 10 fois. Ce n’est pas une hypothèse. C’est ce que confirment les données de la Société de tératologie en 2022. La bonne nouvelle ? Vous avez le pouvoir d’agir avant la conception.
Commencez par faire le point sur tous vos médicaments
Ne vous limitez pas aux ordonnances. Pensez aussi aux vitamines, aux remèdes naturels, aux anti-inflammatoires en vente libre, et même aux compléments à base de plantes. Certains, comme l’acide folique, sont essentiels. D’autres, comme le valproate ou le lithium, sont à éviter absolument avant une grossesse. Le valproate, par exemple, est associé à un risque de malformations majeures de 10,7 % - un chiffre bien plus élevé que le risque de base de 0,5 %. Le lithium, lui, peut provoquer une malformation cardiaque rare appelée anomalie d’Ebstein, avec un risque d’environ 1 sur 2 000 naissances. Même les traitements que vous prenez depuis des années peuvent poser problème. Un simple anti-épileptique comme le topiramate augmente le risque de fente labiale de 1,4 %, contre 0,36 % chez les femmes qui n’en prennent pas.Il n’y a pas de règle universelle. Ce qui est dangereux pour une femme peut être sûr pour une autre. C’est pourquoi vous devez consulter votre médecin ou votre gynécologue au moins 3 à 6 mois avant de vouloir tomber enceinte. Cela vous laisse le temps d’ajuster les traitements, de changer de médicament, ou de stabiliser votre condition.
L’acide folique : un pilier non négociable
L’acide folique n’est pas un simple complément. C’est un bouclier. Il réduit de 70 % le risque de défauts du tube neural - comme la spina bifida - qui affectent 300 000 bébés chaque année dans le monde, selon l’OMS. Pour la plupart des femmes, 400 à 800 microgrammes par jour suffisent. Mais si vous avez une maladie chronique comme l’épilepsie, le diabète, ou si vous prenez certains médicaments comme le valproate, vous aurez besoin de 4 à 5 mg par jour. C’est 5 à 10 fois plus. Et ce n’est pas une suggestion : c’est une recommandation officielle du Centre pour la pratique efficace (CEP) et de l’ACOG. Ne commencez pas à en prendre une semaine avant de concevoir. Commencez au moins trois mois à l’avance. Votre corps a besoin de temps pour accumuler les réserves.Les traitements à ajuster ou à arrêter
Certaines maladies nécessitent des ajustements précis. Si vous prenez du warfarin (Coumadin) pour une thrombose, vous devez le remplacer par une héparine de bas poids moléculaire avant la 6e semaine de grossesse. Le warfarin traverse la barrière placentaire et peut causer un syndrome du warfarin fœtal, avec des malformations du nez, des os et du cerveau. L’héparine, elle, ne traverse pas le placenta. C’est une solution sûre.Si vous avez un trouble auto-immun comme le lupus ou la polyarthrite rhumatoïde, certains traitements sont à proscrire. La méthotrexate, par exemple, est un puissant teratogène : elle augmente le risque de fausse couche de 12 à 18 %. Le léflunomide peut rester actif dans votre organisme pendant des mois après l’arrêt. Il faut un lavage de trois mois avec du charbon actif avant de tenter une grossesse. En revanche, la sulfasalazine, elle, est considérée comme sûre. Ce n’est pas une question de « oui » ou « non » : c’est une question de choix éclairé.
Pour les femmes sous traitement antirétroviral contre le VIH, la cible est claire : une charge virale inférieure à 50 copies/mL avant la conception. Cela réduit le risque de transmission du bébé de 25 % à moins de 1 %. Les directives de l’ASRM et de la British HIV Association sont légèrement différentes, mais le principe est le même : contrôler la maladie avant la grossesse, c’est sauver la vie du bébé.
La thyroïde : un équilibre délicat
Une thyroïde mal gérée pendant la grossesse augmente le risque de fausse couche de 60 %. Avant de concevoir, votre TSH doit être inférieure à 2,5 mUI/L - pas à 4,5, pas à 3,0. À 2,5. C’est la norme recommandée par le CEP. Si vous prenez de la lévothyroxine, votre dose devra être augmentée de 30 % dès que la grossesse sera confirmée. Ne laissez pas votre endocrinologue vous dire « on verra après ». C’est trop tard. Préparez-vous maintenant.
Les pièges courants et les erreurs à éviter
Beaucoup de femmes pensent qu’elles peuvent continuer leurs médicaments pendant la grossesse parce que « ça va ». Ce n’est pas vrai. Même les médicaments que vous avez pris pendant des années peuvent devenir dangereux dès les premières semaines. Un autre piège : les contraceptifs. Si vous prenez des anticonvulsivants comme la carbamazépine, ils réduisent l’efficacité des pilules hormonales de jusqu’à 50 %. Vous avez besoin d’un double système : pilule + préservatif, ou stérilet hormonal, ou implant. Sinon, vous risquez une grossesse non planifiée - et une exposition inattendue à un médicament teratogène.Autre erreur fréquente : attendre d’être enceinte pour parler de vos médicaments. À ce stade, il est souvent trop tard. La majorité des femmes découvrent leur grossesse après la 5e semaine. Et à ce moment-là, le cœur, le cerveau, les yeux, les oreilles, les membres du bébé sont déjà en train de se former. Chaque jour compte.
Qui doit être impliqué dans votre plan ?
Ce n’est pas seulement votre gynécologue. Vous avez besoin d’une équipe. Un neurologue si vous avez des crises. Un rhumatologue si vous avez une maladie auto-immune. Un endocrinologue pour votre thyroïde. Un pharmacien spécialisé en tératogénicité pour vérifier les interactions. Et si vous avez un diabète, un diététicien. L’OMS le dit clairement : n’importe quel professionnel de santé peut et doit proposer un conseil préconceptionnel à toute femme en âge de procréer. Vous n’avez pas besoin d’un rendez-vous spécial. Parlez-en lors de votre prochaine consultation chez votre médecin généraliste.La technologie peut vous aider
En janvier 2023, la FDA a approuvé la première application numérique dédiée à la planification préconceptionnelle : Luma Health’s Preconception Navigator. Elle analyse plus de 1 200 médicaments contre des bases de données de tératogénicité et vous indique les risques en temps réel. Ce n’est pas un substitut au médecin, mais un outil puissant pour préparer vos questions. Si vous avez un smartphone, téléchargez-la. Elle est gratuite et disponible en français.
Et si vous avez plus de 35 ans ?
L’âge augmente les risques de complications. Mais une bonne planification médicamenteuse réduit ces risques de 22 %. Si vous prenez un traitement pour l’hypertension, le diabète ou l’obésité, c’est encore plus important. Le liraglutide, par exemple, est déconseillé deux mois avant la conception. Les données sur sa sécurité pendant la grossesse sont insuffisantes. Même si vous ne prenez aucun médicament, un bilan de santé complet est indispensable : glycémie, tension, poids, vitamine D, fer. Ce n’est pas un examen de routine. C’est une préparation stratégique.Les chiffres qui parlent
Les femmes qui suivent un plan médicamenteux préconceptionnel ont 28 % moins de malformations congénitales majeures que celles qui n’en ont pas. C’est un chiffre tiré d’une étude publiée dans le New England Journal of Medicine en 2021. Pourtant, seulement 38 % des femmes ayant une maladie chronique reçoivent un avis formel sur leurs médicaments avant la grossesse. Dans les systèmes de santé intégrés comme Kaiser Permanente, ce taux monte à 67 %. Dans les systèmes traditionnels, il tombe à 18 %. La différence ? La coordination. Une équipe qui parle, qui suit, qui documente.Le système américain est loin d’être parfait. Mais le message est clair : la planification préconceptionnelle sauve des vies. Et elle est possible partout. En Suède et aux Pays-Bas, les programmes nationaux ont réduit les malformations de 35 %. Pourquoi ? Parce qu’ils ont fait de la planification médicamenteuse une routine, pas une exception.
Que faire maintenant ?
1. Faites une liste de TOUT ce que vous prenez : médicaments, vitamines, plantes, suppléments. 2. Prenez rendez-vous avec votre médecin généraliste ou gynécologue. Dites : « Je veux tomber enceinte dans les 6 prochains mois. Je veux que nous révisions tous mes médicaments. » 3. Demandez un dosage d’acide folique adapté à votre situation. Ne prenez pas le même que votre amie. 4. Si vous avez une maladie chronique, demandez à voir un spécialiste dans les 4 semaines. 5. Utilisez une application comme Luma Health pour préparer vos questions. 6. Ne laissez pas passer votre prochaine visite sans en parler. C’est le moment ou jamais.La grossesse ne commence pas quand vous ratez vos règles. Elle commence quand vous décidez de la préparer. Et la meilleure chose que vous puissiez faire pour votre futur bébé, c’est de vous assurer que vos médicaments ne lui font pas de mal - avant même qu’il ne soit conçu.
Dois-je arrêter tous mes médicaments avant de tomber enceinte ?
Non. Vous ne devez pas arrêter tous vos médicaments. Certains sont essentiels pour votre santé - comme la lévothyroxine ou les traitements antirétroviraux. L’objectif n’est pas d’arrêter, mais d’ajuster. Certains médicaments doivent être remplacés par des versions plus sûres, d’autres doivent être arrêtés avec un délai, et d’autres encore doivent être maintenus à la dose optimale. Votre médecin vous aidera à faire la différence.
L’acide folique est-il vraiment nécessaire si je n’ai pas de maladie ?
Oui. Même si vous êtes en parfaite santé, l’acide folique est indispensable. Les défauts du tube neural surviennent souvent sans signe avant-coureur, et 50 % des grossesses sont non planifiées. Prendre 400 à 800 mcg par jour réduit ce risque de 70 %. C’est une mesure simple, peu coûteuse, et extrêmement efficace. L’OMS le recommande à toutes les femmes entre 15 et 49 ans.
Combien de temps faut-il avant de pouvoir concevoir après avoir arrêté un médicament dangereux ?
Ça dépend du médicament. Pour le valproate ou le lithium, il faut au moins 3 mois. Pour la méthotrexate, 3 mois minimum (3 cycles menstruels). Pour l’isotrétinoïne, 1 mois. Pour le warfarin, vous devez passer à l’héparine dès que vous décidez de concevoir - pas après la grossesse. Le temps d’attente est calculé pour éliminer complètement le risque teratogène. Ne vous précipitez pas. Un délai de 6 mois est idéal pour tout revoir en profondeur.
Puis-je utiliser des remèdes naturels pendant la préconception ?
Certains peuvent être dangereux. L’ail en grandes quantités, l’aloe vera, la racine de maca, ou encore certaines herbes comme le ginseng ou la sauge peuvent interférer avec la fertilité ou être tératogènes. Les compléments à base de plantes ne sont pas régulés comme les médicaments. Ce qui est « naturel » n’est pas forcément sûr. Parlez-en à votre médecin avant de les prendre.
Et si je suis enceinte sans le savoir et que je prends un médicament risqué ?
Ne paniquez pas. La plupart des médicaments ne causent pas de malformations à toutes les femmes. Le risque est souvent faible, ou dépend de la dose et du moment d’exposition. Contactez immédiatement votre médecin ou un centre de référence en tératogénicité. Ils pourront évaluer le risque réel et vous guider. Beaucoup de femmes ont pris un médicament avant de savoir qu’elles étaient enceintes - et ont eu des bébés en parfaite santé. L’important, c’est d’agir vite, pas de culpabiliser.
Nancy Kou
décembre 20, 2025Je viens de finir de lire cet article et j’ai envie de le partager à toutes les femmes que je connais. C’est pas juste une bonne pratique, c’est une urgence médicale. J’ai connu une amie qui a eu un bébé avec une malformation cardiaque parce qu’elle prenait du valproate sans savoir. Si j’avais lu ça avant, j’aurais pu la sauver.