Chaque année, des milliers d’enfants de moins de cinq ans sont emmenés aux urgences à cause d’un surdosage accidentel de médicaments. Ce n’est pas un hasard. Ce n’est pas une erreur rare. C’est un problème systémique, souvent évitable, qui touche des familles partout - même les plus attentives.
Comment ça arrive ?
La plupart des surdosages ne viennent pas d’un parent négligent. Ils viennent d’une combinaison de facteurs invisibles : un flacon laissé sur la table de nuit, une cuillère à soupe utilisée pour mesurer un sirop, une bouteille de paracétamol infantile confondue avec la version pour enfants. Les enfants de cet âge sont curieux, rapides, et ils apprennent en touchant, en goûtant, en explorant. Un flacon de médicament, même avec un bouchon sécurisé, peut devenir un jouet pour un enfant de 2 ans. Selon les données du CDC, 10 % des enfants arrivent à ouvrir un bouchon « résistant aux enfants » avant leurs 3 ans et demi. Les médicaments les plus fréquemment impliqués ? Le paracétamol liquide (31,7 % des cas) et la diphenhydramine (12,4 %), souvent présents dans les traitements contre la fièvre ou les allergies. Mais ce n’est pas seulement les médicaments pour enfants qui sont dangereux. Les comprimés de pression artérielle, les antidouleurs opioïdes, les vitamines en forme de bonbons - tout ce qui est accessible peut devenir une menace.Les trois piliers de la prévention
Il n’existe pas une seule solution magique. La prévention efficace repose sur trois piliers, soutenus par l’initiative PROTECT du CDC depuis 2008 :- Emballages améliorés : Les bouteilles doivent avoir un bouchon à verrouillage (qui clique quand il est bien serré) et, pour les liquides, un limiteur de débit qui empêche de verser plus de 5 mL d’un coup. Malheureusement, tous les fabricants ne les utilisent pas encore - surtout pour les médicaments génériques.
- Étiquetage standardisé : Depuis 2022, tous les médicaments pédiatriques doivent indiquer les doses en millilitres (mL), et non en cuillères à café ou à soupe. Pourtant, certains parents continuent d’utiliser des cuillères de cuisine, qui varient de 3 à 15 mL. C’est une erreur qui peut multiplier la dose par 3 ou 5.
- Éducation et stockage : Les médicaments doivent être rangés dans un endroit verrouillé, à au moins 1,20 mètre du sol, et hors de vue. Le slogan « Up and Away, Out of Sight » (Haut et loin, hors de vue) n’est pas qu’une phrase. C’est une règle de survie.
Un parent sur trois range encore ses médicaments dans la salle de bain ou sur la table de chevet. Une étude de 2022 montre que seulement 32 % des foyers utilisent un placard verrouillé. Pourtant, une simple serrure à clé ou un coffre-fort à combinaison peut faire la différence. Un enfant qui ne peut pas atteindre le flacon ne peut pas l’ouvrir - même s’il est « résistant aux enfants ».
Les erreurs de dosage les plus courantes
La plupart des surdosages ne viennent pas de la quantité, mais de la confusion :- Confondre le paracétamol pour nourrissons (160 mg/5 mL) avec celui pour enfants (160 mg/5 mL - même concentration, mais différente forme) ou avec la version pour adultes (500 mg par comprimé).
- Utiliser une cuillère à soupe au lieu du doseur fourni avec le médicament. Une cuillère à soupe peut contenir jusqu’à 15 mL, alors que la dose recommandée est souvent de 5 mL.
- Donner deux fois le médicament parce qu’on ne se souvient pas si on l’a déjà administré. C’est pourquoi il faut toujours noter l’heure et la dose sur un carnet ou dans un rappel du téléphone.
- Préparer une dose en avance et la laisser dans un verre ou une bouteille. Les médicaments peuvent se dégrader ou être renversés.
40 % des parents font au moins une erreur de dosage lorsqu’ils administrent un liquide à leur enfant. Ce n’est pas une question de compétence - c’est une question de système. Les fabricants doivent fournir un doseur adapté. Les médecins doivent vérifier que les parents le comprennent. Les familles doivent demander : « Est-ce que je suis sûr de la concentration ? »
Que faire en cas de surdosage ?
Si vous pensez que votre enfant a ingéré un médicament en trop grande quantité :- Ne faites pas vomir - sauf si un professionnel vous le dit. Cela peut aggraver les lésions.
- Identifiez le médicament : Prenez la bouteille, le nom, la dose, la quantité ingérée, l’heure.
- Appelez immédiatement le centre antipoison : En France, c’est le 01 40 05 48 48. Aux États-Unis, c’est le 1-800-222-1222. Même si vous n’êtes pas sûr, appelez. Il vaut mieux appeler et se tromper que d’attendre.
- Si c’est un opioïde et que l’enfant est inconscient ou respire lentement : Administrez de la naloxone si vous en avez. La naloxone est maintenant disponible sans ordonnance dans certains pays, et elle peut sauver une vie en 2 minutes. Le protocole SAMHSA recommande l’administration intranasale pour les enfants - une goutte dans chaque narine.
Ne perdez pas de temps à chercher un médecin ou à chercher sur Internet. Les centres antipoison sont là pour ça. Ils savent exactement quoi faire, même si vous ne connaissez pas le nom du médicament.
Le rôle des professionnels de santé
Les pédiatres doivent parler de sécurité médicamenteuse à chaque visite de contrôle - pas seulement quand un enfant est malade. Pourtant, seulement 63 % des pédiatres le font régulièrement, selon une enquête de l’Académie américaine de pédiatrie en 2022. Les recommandations récentes (février 2024) exigent que tout enfant prescrit un opioïde reçoive aussi une dose de naloxone à la maison, avec un guide clair sur comment l’utiliser. C’est un changement majeur. Avant, on pensait que les opioïdes n’étaient pas un risque pour les enfants. Maintenant, on sait que oui - surtout si les parents gardent des comprimés inutilisés dans la maison.Les solutions émergentes - et leurs limites
Des technologies comme les distributeurs automatisés (Hero Health) ou les emballages intelligents (AdhereIT) existent. Elles peuvent envoyer une alerte si un médicament est ouvert, ou délivrer la bonne dose à la bonne heure. Mais elles coûtent entre 150 et 500 euros. 87 % des familles à faible revenu n’y ont pas accès. La vraie solution n’est pas technologique. C’est comportementale. C’est de rendre les bonnes pratiques simples, visibles et accessibles à tous.
Les bonnes habitudes à adopter dès maintenant
Voici ce que chaque parent, grand-parent, gardien doit faire :- Rangez tous les médicaments - même les vitamines - dans un placard verrouillé, à plus de 1,20 mètre du sol.
- Utilisez uniquement le doseur fourni avec le médicament. Jetez les cuillères de cuisine.
- Vérifiez toujours la concentration (mg/mL) avant de donner un médicament. Ne vous fiez pas à la couleur du flacon.
- Disposez immédiatement les médicaments périmés ou inutilisés dans un point de collecte. Si vous n’en avez pas, mélangez-les avec du café moulu ou de la terre, mettez-les dans un sac scellé, et jetez-les à la poubelle - jamais dans les toilettes.
- Enregistrez le numéro du centre antipoison dans votre téléphone et affichez-le sur le réfrigérateur.
- Expliquez à vos enfants que les médicaments ne sont pas des bonbons - même s’ils ont l’air de l’être.
Et si vous avez déjà fait une erreur ?
Vous n’êtes pas un mauvais parent. Vous êtes humain. Les erreurs arrivent. Ce qui compte, c’est ce que vous faites après. Si vous avez oublié un flacon sur la table, ne vous culpabilisez pas. Changez la routine. Installez un cadenas. Mettez un rappel sur votre téléphone : « Médicaments rangés ? » Si vous avez donné une mauvaise dose, appelez le centre antipoison. Ne vous excusez pas. Ne demandez pas si c’est grave. Dites simplement : « Mon enfant a pris X mL de Y médicament à X heures. » Ils sauront quoi faire. La prévention ne se joue pas dans les hôpitaux. Elle se joue dans la cuisine, sur la table de nuit, dans le sac à main. C’est là que les vies sont sauvées - ou perdues.Les bouchons résistants aux enfants sont-ils suffisants pour protéger mon enfant ?
Non. Les bouchons « résistants aux enfants » sont conçus pour ralentir un enfant, pas pour l’empêcher totalement. Selon les tests de la Consumer Product Safety Commission, 10 % des enfants arrivent à ouvrir ce type de bouchon avant leurs 3 ans et demi. C’est pourquoi il est essentiel de les ranger dans un endroit verrouillé et hors de vue - même avec un bouchon sécurisé.
Puis-je utiliser une cuillère à soupe pour donner un médicament liquide à mon enfant ?
Non. Une cuillère à soupe standard peut contenir entre 10 et 15 mL, alors que la dose recommandée est souvent de 5 mL. Cela signifie que vous pourriez donner jusqu’à trois fois la dose correcte. Toujours utiliser le doseur fourni avec le médicament - c’est le seul outil précis.
Qu’est-ce que la naloxone, et puis-je l’avoir à la maison pour mon enfant ?
La naloxone est un médicament qui inverse les effets d’une surdose d’opioïdes. Elle est maintenant recommandée pour les enfants prescrits des opioïdes. En France, elle est disponible sur ordonnance, mais certains centres de santé la délivrent sans ordonnance en cas de risque élevé. Si votre enfant prend un opioïde, demandez à votre médecin si vous devez en avoir une dose à la maison. L’administration intranasale est simple et rapide - une goutte dans chaque narine.
Comment savoir si la dose d’un médicament est adaptée à l’âge de mon enfant ?
La dose ne dépend pas seulement de l’âge, mais du poids. Un enfant de 2 ans peut peser entre 10 et 15 kg - deux doses très différentes. Vérifiez toujours la dose en mg par kg sur l’étiquette ou demandez à votre pharmacien. Ne vous fiez pas à la couleur du flacon ou au nom « pour bébé » ou « pour enfant » - les concentrations peuvent varier.
Où puis-je me procurer un coffre-fort pour médicaments ?
Vous pouvez acheter un coffre-fort à combinaison ou à clé dans les magasins d’articles de maison, les pharmacies ou en ligne. Certains modèles sont spécialement conçus pour les médicaments, avec des compartiments séparés. Si vous avez un budget limité, un simple tiroir verrouillé avec une serrure à clé fait l’affaire. L’essentiel est qu’il soit hors de portée et hors de vue.
Joanna Magloire
janvier 4, 2026Je viens de ranger tous les médicaments dans un tiroir verrouillé. 5 minutes, et je respire déjà mieux. 😌