Vous avez entendu parler d’un ECG ou d’un test d’effort et vous vous demandez à quoi ça sert vraiment ? Ces deux examens ne sont pas des tests de routine pour les sportifs ou les personnes âgées - ils sont des outils essentiels pour détecter des problèmes cardiaques avant qu’ils ne deviennent urgents. Beaucoup pensent qu’un ECG suffit pour tout voir. Ce n’est pas vrai. Un ECG au repos peut ne rien montrer, alors que le cœur est en train de manquer d’oxygène pendant un effort. C’est là que le test d’effort entre en jeu.
Qu’est-ce qu’un ECG ?
Un électrocardiogramme (ECG ou EKG) enregistre les signaux électriques de votre cœur. Il ne mesure pas la force de vos battements, ni le débit sanguin - il voit comment l’électricité circule dans vos cavités cardiaques. Chaque pic et creux sur le tracé correspond à une phase précise du cycle cardiaque : l’activité des oreillettes, puis des ventricules, et enfin la récupération. Si un muscle cardiaque est endommagé - par exemple après une crise cardiaque - il ne conduit plus l’électricité comme avant. L’ECG le voit. Même une arythmie mineure, comme un battement prématuré, peut apparaître comme une petite anomalie sur le tracé.
Cet examen dure 3 à 5 minutes. On colle 10 électrodes sur votre poitrine, vos bras et vos jambes. Pas de douleur. Pas d’aiguilles. Juste des capteurs qui enregistrent. Il n’y a aucun risque. Même les bébés et les personnes très faibles peuvent le faire. Mais il a une limite majeure : il ne montre que ce qui se passe au repos. Si votre cœur ne manque d’oxygène que quand vous montez les escaliers, l’ECG au repos ne le verra pas.
Le test d’effort : quand le cœur est mis à l’épreuve
Le test d’effort, aussi appelé test d’effort sur tapis roulant, est conçu pour forcer votre cœur à travailler plus fort. L’idée ? Faire apparaître des anomalies invisibles au repos. C’est comme vérifier un moteur à l’arrêt, puis en pleine accélération. La plupart des maladies coronariennes - les artères qui alimentent le cœur en sang - ne se révèlent qu’au moment où l’organisme demande plus d’oxygène.
Le protocole le plus utilisé s’appelle le protocole Bruce. Vous commencez à marcher lentement sur un tapis roulant, avec une petite pente. Toutes les trois minutes, la vitesse et la pente augmentent. Vous devez continuer jusqu’à ce que votre cœur atteigne 85 % de sa fréquence maximale théorique (220 moins votre âge). Si vous avez 60 ans, vous devez viser environ 136 battements par minute. Si vous ressentez une douleur thoracique, une essoufflement intense, ou si l’ECG montre une dépression du segment ST, l’examen s’arrête.
Pendant l’effort, on surveille trois choses en continu : votre fréquence cardiaque, votre tension artérielle, et l’ECG en temps réel. Certains centres ajoutent la mesure de la saturation en oxygène. Ce n’est pas un test de force - c’est un test de réponse. Même si vous êtes en forme, le cœur peut ne pas répondre correctement. Et c’est ce qu’on cherche.
Et si vous ne pouvez pas faire d’effort ?
Beaucoup de patients ne peuvent pas marcher sur un tapis roulant. Arthrite, insuffisance respiratoire, après une chirurgie récente… Les raisons sont nombreuses. Pour eux, il existe des tests chimiques. On injecte un médicament - comme l’adénosine ou le dobutamine - qui imite l’effet de l’exercice en dilatant les artères ou en forçant le cœur à battre plus vite. Vous ne bougez pas. Vous êtes allongé. Mais les effets peuvent être désagréables : sensation de chaleur, bouche sèche, oppression thoracique, vertiges. Ce n’est pas une crise cardiaque - c’est un effet secondaire temporaire. Les infirmiers sont là pour surveiller et arrêter le médicament en quelques secondes si besoin.
Le test chimique dure plus longtemps - entre 30 et 60 minutes - et il est plus coûteux. Mais il est indispensable pour les patients incapables d’effort. Et il fonctionne aussi bien que le test sur tapis roulant pour détecter les obstructions coronariennes.
Échographie ou nucléaire : quel test choisir ?
Un ECG simple pendant l’effort a une sensibilité d’environ 68 %. Cela veut dire qu’il rate 32 % des cas de maladie coronarienne. Pour améliorer la précision, on ajoute souvent une imagerie. Deux options principales :
- L’échographie de stress : on fait une échographie du cœur avant et après l’effort. On regarde si une partie du muscle cardiaque ne se contracte plus bien. C’est sans radiation, très précis pour détecter les zones ischémiques, et particulièrement utile chez les femmes. La spécificité atteint 88 %.
- Le test nucléaire : on injecte une petite quantité de traceur radioactif (technétium-99m ou thallium-201). Une caméra capte où le sang va dans le cœur. Les zones mal irriguées apparaissent comme des « trous ». La sensibilité est plus élevée (85 %), mais il y a une exposition aux rayonnements - équivalente à 3 à 4 ans de rayonnement naturel. C’est un outil puissant, mais on l’utilise quand l’échographie n’est pas concluante ou qu’on veut une évaluation plus complète.
En 2023, l’American College of Cardiology recommande l’échographie de stress comme premier choix pour les femmes de 50 à 70 ans avec des symptômes et un risque intermédiaire. Pourquoi ? Parce qu’elles ont souvent des maladies des petits vaisseaux (microvasculaires), invisibles à l’ECG classique, et que l’échographie les détecte mieux. De plus, pas de radiation. Pas d’injection lourde. Juste un ultrason.
Combien ça coûte ?
Les prix varient selon les pays, les hôpitaux, les assurances. En France, un ECG simple est remboursé à 100 % par la Sécurité sociale. Un test d’effort simple coûte environ 70 à 100 €. Une échographie de stress peut atteindre 150 à 200 €. Le test nucléaire, lui, dépasse les 500 €. Mais ces chiffres ne reflètent pas la vraie valeur. Ce n’est pas un prix, c’est une prévention. Un test mal fait peut couter des vies. Un test bien fait peut éviter un infarctus, une angioplastie, ou même une chirurgie du cœur.
Les études montrent que, sur le long terme, les coûts totaux de soins ne sont pas plus élevés avec un test d’effort que avec une scanner coronarien. Ce qui compte, c’est de bien choisir le bon test au bon moment.
Les limites et les pièges
Personne n’est parfait. Même les meilleurs tests ont des failles.
Les femmes, surtout avant la ménopause, ont plus de faux négatifs. Leur cœur réagit différemment. Leurs artères sont plus fines. Leur douleur thoracique n’est pas toujours la même que chez les hommes. Un ECG normal ne signifie pas qu’il n’y a rien. Une échographie de stress est souvent plus fiable pour elles.
Les faux positifs aussi existent. Une personne anxieuse, avec une tension élevée, peut avoir un tracé anormal sans avoir de maladie coronarienne. C’est pourquoi les médecins ne se basent pas sur un seul résultat. Ils regardent l’ensemble : vos symptômes, vos antécédents, votre tension, votre cholestérol, votre âge. Un test est une pièce du puzzle, pas la réponse finale.
Et puis, il y a les erreurs techniques. Un mouvement pendant l’examen, des électrodes mal collées, une interférence électrique… 18 % des ECG d’effort ont des artefacts. Ce n’est pas une faute du patient. C’est une faute de la technique. C’est pourquoi les centres expérimentés ont des protocoles stricts pour éviter ces erreurs.
Que ressentent les patients ?
Sur les forums, les retours sont contrastés. Certains disent : « J’ai fait 12 minutes sur le tapis, j’ai transpiré, j’étais essoufflé, mais j’ai senti que c’était contrôlé. Et ils ont trouvé une ischémie silencieuse que mon ECG au repos avait manquée. » D’autres racontent : « J’ai eu l’impression de mourir pendant 3 minutes avec l’adénosine. J’ai eu la nausée, j’ai eu peur. Mais le médecin m’a dit : ‘C’est normal, ça va passer.’ Et ça a passé. »
La plupart des patients apprécient que l’examen soit non-invasif. Aucune incision. Aucun cathéter. Rien. Et les résultats sont souvent donnés le jour même. Dans 85 % des cas, on vous dit si c’est normal ou pas avant de partir.
Comment se préparer ?
Il n’y a pas de grandes préparations, mais quelques règles simples :
- Évitez la caféine (café, thé, chocolat, sodas) pendant 24 heures avant. Elle interfère avec les médicaments du test chimique.
- Ne mangez pas lourd 2 à 3 heures avant. Un estomac plein rend l’effort plus difficile.
- Portez des vêtements confortables et des chaussures de sport. Pas de robe, pas de talons.
- Prenez vos médicaments habituels, sauf si votre médecin vous dit le contraire. Certains traitements (comme les bêtabloquants) peuvent masquer les signes de l’ischémie.
Et surtout : dites tout. Vos douleurs passées, vos palpitations, vos antécédents familiaux, vos peurs. Plus le médecin sait, mieux il interprète.
Et maintenant ?
Si votre test est normal, c’est une bonne nouvelle. Mais ce n’est pas une carte blanche. La santé cardiaque, c’est un travail de chaque jour : alimentation, activité physique, sommeil, gestion du stress. Un ECG normal ne vous protège pas d’un infarctus dans 5 ans si vous continuez à fumer et à manger des frites.
Si le test montre une anomalie, ce n’est pas une condamnation. C’est un signal d’alerte. Une possibilité de changer. Une chance de faire un bilan plus poussé : échographie, scanner, angiographie. Ou simplement de commencer un traitement préventif - un aspirine, un statine, un suivi régulier. La plupart des maladies cardiaques peuvent être maîtrisées si on les attrape à temps.
Le cœur ne parle pas toujours clairement. Mais l’ECG et le test d’effort sont deux langues qu’il comprend. Et ils sont là pour vous aider à le comprendre aussi.
Un ECG peut-il détecter une crise cardiaque en cours ?
Oui, un ECG peut révéler une crise cardiaque en cours, surtout si elle implique une obstruction majeure d’une artère coronaire. Il montre des modifications caractéristiques comme une élévation du segment ST, des ondes Q anormales ou des troubles du rythme. Mais dans certains cas, notamment les infarctus mineurs ou les atteintes des petits vaisseaux, l’ECG peut être normal ou peu spécifique. C’est pourquoi un bilan complet, incluant des marqueurs sanguins (troponine), est souvent nécessaire.
Le test d’effort est-il dangereux ?
Très rarement. Les tests d’effort sont effectués sous surveillance médicale stricte. Les complications graves (comme un infarctus ou une arythmie mortelle) surviennent dans moins de 1 cas pour 10 000 examens. Le risque est plus élevé chez les patients déjà très fragiles, mais les médecins évaluent toujours le risque avant de procéder. Si vous avez des douleurs thoraciques récentes, une insuffisance cardiaque décompensée ou une arythmie instable, le test est reporté ou remplacé par une autre méthode.
Pourquoi faire un test d’effort si j’ai déjà un ECG normal ?
Parce que l’ECG au repos ne montre que ce qui se passe quand vous êtes au repos. Une artère partiellement bouchée peut ne pas causer de symptômes ou d’anomalies électriques quand vous êtes assis. Mais quand vous marchez vite ou montez des escaliers, le cœur demande plus d’oxygène. Si l’artère ne peut pas répondre, le test d’effort le révèle. C’est comme tester un pneu à l’arrêt : il peut sembler bon. Mais à 120 km/h, il éclate. Le test d’effort, c’est ce 120 km/h pour le cœur.
Les tests nucléaires sont-ils dangereux à cause des rayonnements ?
L’exposition est faible mais réelle : entre 9 et 12 millisieverts par examen, équivalente à 3 à 4 ans de rayonnement naturel. Ce n’est pas une dose dangereuse pour un adulte en bonne santé. Mais les médecins évitent de les répéter inutilement, surtout chez les jeunes et les femmes. Depuis 2021, les équipements sont optimisés pour réduire la dose de 35 %. Pour les patients qui ont déjà eu plusieurs examens nucléaires, l’échographie de stress est préférée car elle n’utilise aucune radiation.
Puis-je faire un test d’effort si j’ai un pacemaker ?
Oui, mais avec des précautions. Les pacemakers modernes sont conçus pour résister aux efforts et aux signaux électriques des tests. Cependant, l’ECG pendant l’effort peut être plus difficile à interpréter car le stimulateur génère des signaux artificiels. Le médecin adaptera le protocole : il ne se basera pas uniquement sur la fréquence cardiaque, mais sur la pression artérielle, les symptômes et l’échographie si disponible. Certains patients avec pacemaker font des tests d’effort régulièrement pour vérifier la performance de leur appareil.
Qu’est-ce qu’un faux négatif dans un test d’effort ?
Un faux négatif, c’est quand le test dit que tout va bien, mais qu’il y a en réalité une maladie cardiaque. Cela arrive dans environ 30 % des cas, surtout chez les femmes, les diabétiques ou les personnes avec des maladies des petits vaisseaux. Ces patients peuvent avoir une ischémie silencieuse - leur cœur manque d’oxygène sans douleur ni signe sur l’ECG. C’est pourquoi les médecins ne se fient pas uniquement au test d’effort. Ils combinent avec d’autres éléments : vos symptômes, vos facteurs de risque, et parfois une imagerie plus précise comme l’échographie de stress.