Hypertension causée par certains médicaments : comment la surveiller et la gérer

février 23, 2026 Loïc Grégoire 1 Commentaires
Hypertension causée par certains médicaments : comment la surveiller et la gérer

Vous prenez un médicament courant - un anti-inflammatoire, un décongestionnant, ou même un antidépresseur - et soudain, votre pression artérielle monte en flèche. Vous n’avez pas changé de régime, vous ne prenez pas de sel en plus, et pourtant, vos chiffres sont devenus inquiétants. Ce n’est pas un hasard. Des dizaines de médicaments courants, souvent considérés comme inoffensifs, peuvent déclencher une hypertension médicamenteuse. Et ce n’est pas rare : entre 2 % et 5 % de tous les cas d’hypertension chez les adultes sont directement causés par des traitements prescrits ou achetés sans ordonnance.

Quels médicaments sont vraiment en cause ?

Pas tous les médicaments ne provoquent l’hypertension de la même manière. Certains augmentent la pression en retenant le sodium, d’autres resserrent les vaisseaux sanguins, ou stimulent le système nerveux. Voici les coupables les plus courants, avec leurs effets réels :

  • NSAID (ibuprofène, naproxène) : Ces anti-inflammatoires, souvent pris pour les douleurs articulaires ou les maux de tête, font monter la pression systolique de 3 à 5 mm Hg chez les personnes normales, et jusqu’à 10 mm Hg chez celles qui ont déjà une hypertension. L’ibuprofène à 400 mg trois fois par jour augmente le risque d’hypertension chez 12 % des patients déjà hypertendus.
  • Corticoïdes (prednisone, dexaméthasone) : Ils sont parmi les plus dangereux. À doses élevées (plus de 20 mg/jour de prednisone équivalent), plus de la moitié des patients développent une hypertension en moins de 4 semaines. Leur mécanisme ? Ils imitent l’aldostérone, forçant les reins à retenir le sodium et l’eau.
  • Décongestionnants (pseudoéphédrine, phényléphrine) : Trouvez-vous un nez bouché ? Ces substances, présentes dans de nombreux sirops et sprays nasaux, provoquent une vasoconstriction rapide. Une dose de 60 mg de pseudoéphédrine peut faire monter la pression systolique de 5 à 10 mm Hg en une heure - et l’effet dure jusqu’à 12 heures.
  • Antidépresseurs SNRI (venlafaxine, duloxétine) : Ils augmentent les niveaux de noradrénaline dans le cerveau, ce qui stimule le système nerveux. À doses élevées (plus de 150 mg/jour de venlafaxine), 8 à 15 % des patients voient leur pression monter de façon cliniquement significative.
  • Médicaments pour le TDAH (méthylphénidate, amphétamines) : Ils activent le système nerveux central. Jusqu’à 25 % des utilisateurs, surtout chez les adultes, développent une hypertension, avec des pics de 15 à 20 mm Hg systolique.
  • Érythropoïétine (Procrit) : Utilisée pour traiter l’anémie, elle peut faire monter la pression de 20 à 30 % des patients, souvent entre 2 et 4 mois après le début du traitement.
  • Médicaments anti-VIH : Certains traitements antirétroviraux augmentent la pression chez 18 % des patients, surtout chez les plus de 65 ans ou ceux ayant déjà une pression élevée.

La plupart des gens ne savent pas que ces médicaments peuvent causer ce problème. Un sondage récent montre que seulement 22 % des médecins posent systématiquement la question : « Prenez-vous des anti-inflammatoires ou des décongestionnants ? »

Comment savoir si c’est votre médicament ?

Il ne s’agit pas de deviner. Il faut observer les faits. Voici comment identifier une hypertension liée à un traitement :

  1. Regardez le timing : Votre pression était stable, puis elle a monté après avoir commencé un nouveau médicament ? C’est un signal fort. Même si cela a pris plusieurs semaines, c’est souvent lié.
  2. Faites un bilan complet de vos médicaments : Incluez tout : les cachets sans ordonnance, les suppléments (comme le Saint-Jean), les herbes, les produits naturels. St. John’s Wort, par exemple, a été lié à des crises d’hypertension chez des patients qui ne savaient pas qu’il interagissait avec leur pression.
  3. Utilisez la mesure à domicile : Prenez votre pression deux fois par jour pendant 7 jours, avant et après le début du traitement. Faites la moyenne des 6 derniers jours. Une augmentation de 10 mm Hg systolique ou plus est un signe d’alerte.
  4. Évitez les mesures ponctuelles : Une seule lecture élevée au cabinet du médecin peut être due au stress. Ce qui compte, c’est la tendance sur plusieurs semaines.

Les patients qui utilisent un moniteur de pression à domicile et qui gardent un carnet de mesure ont 3 fois plus de chances de détecter un problème à temps. Un patient sur 5 qui consulte pour une hypertension « résistante » découvre en réalité qu’un médicament courant en est la cause.

Une étagère de pharmacie avec des médicaments qui émettent des symboles lumineux représentant leurs effets sur la pression.

Que faire si un médicament est en cause ?

La bonne nouvelle ? Dans la plupart des cas, l’hypertension disparaît quand on arrête ou qu’on réduit le médicament responsable.

  • Arrêtez ou réduisez le médicament : Pour les NSAID, 60 à 70 % des patients retrouvent une pression normale en 2 à 4 semaines après l’arrêt. Pour les décongestionnants, c’est encore plus rapide - souvent en 7 jours.
  • Remplacez par une alternative plus sûre : Pour la douleur, privilégiez le paracétamol (jusqu’à 3 000 mg/jour). Pour les allergies ou le nez bouché, utilisez des sprays nasaux au sel ou des antihistaminiques sans décongestionnant. Pour les douleurs chroniques, le célecoxib (Celebrex) est bien moins risqué que l’ibuprofène - il fait monter la pression de seulement 2,4 mm Hg contre 5,7 pour l’ibuprofène.
  • Ne pas arrêter brutalement certains traitements : Si vous prenez des corticoïdes pour une maladie auto-immune, ne les arrêtez pas sans supervision médicale. Le corps peut devenir dépendant. Mais votre médecin peut réduire la dose ou passer à un traitement local (inhalé, topique) pour limiter l’impact sur la pression.

Si vous devez garder le médicament (par exemple, un antidépresseur essentiel), alors il faut traiter l’hypertension. Mais attention : tous les antihypertenseurs ne fonctionnent pas pareil.

Quels médicaments contre l’hypertension choisir ?

Les recommandations récentes sont claires : évitez les bêta-bloquants comme traitement de première ligne.

  • Calcium antagonistes (amlodipine) : Ils agissent en détendant les vaisseaux. Ils sont efficaces contre les médicaments qui causent une vasoconstriction (comme les décongestionnants ou les SNRI). Réponse positive chez 72 % des patients.
  • Diurétiques thiazidiques (hydrochlorothiazide) : Idéaux pour les cas liés à la rétention de sodium (NSAID, corticoïdes). Ils aident les reins à éliminer l’excès d’eau et de sel.
  • Combinaison : Dans 35 à 45 % des cas, un seul médicament ne suffit pas. Une association amlodipine + hydrochlorothiazide est souvent la solution.
  • À éviter : Les bêta-bloquants (métoprolol, aténolol) ont seulement 45 % d’efficacité dans ces cas. Ils ne corrigent pas la vasoconstriction ni la rétention de sodium - les deux mécanismes principaux.

En plus des médicaments, les changements de mode de vie aident. Réduire le sel à moins de 1 500 mg par jour, augmenter les apports en potassium (bananes, épinards, avocat, lentilles), et faire 150 minutes d’activité modérée par semaine peuvent faire baisser la pression de 5 à 8 mm Hg - ce qui peut suffire à la ramener à la normale.

Un médecin et un patient discutent devant un graphique flottant montrant les variations de pression artérielle.

Comment surveiller au quotidien ?

La surveillance n’est pas optionnelle. Voici ce que recommandent les sociétés savantes :

  • Avant de commencer : Mesurez votre pression une fois, puis notez-la. C’est votre référence.
  • Après 1 à 2 semaines : Vérifiez à nouveau. C’est le moment où les effets commencent à se manifester.
  • À 4 à 6 semaines : Faites un bilan complet. Si la pression est stable, passez à une vérification trimestrielle.
  • Pour les cas à risque (hypertension préexistante, insuffisance rénale, prise de plusieurs médicaments à risque) : Utilisez la surveillance ambulatoire (ABPM). Cela signifie porter un appareil pendant 24 heures qui mesure votre pression toutes les 20 à 30 minutes. Un chiffre moyen supérieur à 130 mm Hg sur 24 heures confirme l’hypertension.
  • Pour les corticoïdes : Vérifiez votre pression chaque jour pendant le premier mois. Attention aussi à la différence entre les mesures assise et debout. Une chute de plus de 20/10 mm Hg en se levant peut indiquer un déséquilibre hormonal.

Un problème souvent ignoré - et pourtant facile à corriger

Des études montrent que 15 à 20 % des patients envoyés pour une hypertension « résistante » ont en réalité une hypertension causée par un médicament. Le plus souvent, c’est un simple ibuprofène pris quotidiennement pour les douleurs lombaires, ou un décongestionnant pris pendant des semaines pour un rhume persistant.

Les patients le disent sur les forums : « J’ai eu une crise d’hypertension, et personne ne m’a demandé si je prenais des anti-inflammatoires. » « J’ai perdu 6 mois avant qu’on pense à vérifier mes suppléments. »

La solution ? Une simple question à chaque consultation : « Prenez-vous des médicaments sans ordonnance ? »

Les médecins qui adoptent un protocole de vérification systématique - notant tous les médicaments, y compris les herbes et les compléments - réduisent de 28 % le nombre de cas d’hypertension non contrôlée chez leurs patients. Des outils comme la Checklist de l’American Heart Association ou le calculateur d’hypertension médicamenteuse de l’American College of Cardiology (lancé en juin 2023) aident à identifier les risques en quelques clics.

Vous n’êtes pas seul à ne pas savoir. Mais vous pouvez agir. Parlez à votre médecin. Montrez-lui votre liste de médicaments. Posez la question : « Est-ce que l’un d’entre eux pourrait faire monter ma pression ? » Parfois, une simple modification peut éviter des traitements lourds, des hospitalisations, ou même un AVC.

Quels médicaments sans ordonnance peuvent augmenter la pression artérielle ?

Les anti-inflammatoires non stéroïdiens (NSAID) comme l’ibuprofène et le naproxène sont les plus courants. Les décongestionnants contenant de la pseudoéphédrine ou de la phényléphrine (présents dans de nombreux sirops contre le rhume) peuvent aussi faire monter la pression en quelques heures. Même les suppléments comme le Saint-Jean’s Wort ou certains produits à base de ginseng peuvent avoir cet effet. Il n’y a pas que les médicaments sur ordonnance qui sont dangereux.

Combien de temps faut-il pour que la pression revienne à la normale après l’arrêt du médicament ?

Cela dépend du médicament. Pour les décongestionnants ou les NSAID, la pression peut revenir à la normale en 7 à 14 jours. Pour les corticoïdes, cela peut prendre jusqu’à 4 à 6 semaines, surtout si la dose était élevée ou prise longtemps. Les antidépresseurs comme la venlafaxine peuvent nécessiter 3 à 8 semaines. Il est important de surveiller régulièrement pendant cette période.

Pourquoi les bêta-bloquants ne sont-ils pas recommandés pour traiter cette hypertension ?

Les bêta-bloquants ralentissent le cœur, mais ils n’agissent pas sur les mécanismes principaux de l’hypertension médicamenteuse : la rétention de sodium et la vasoconstriction. Des études montrent que seulement 45 % des patients répondent aux bêta-bloquants dans ce contexte, contre 72 % avec les calcium-antagonistes. Ils sont donc moins efficaces et ne traitent pas la cause réelle.

Faut-il arrêter un médicament essentiel (comme un antidépresseur) pour faire baisser la pression ?

Pas toujours. Si le médicament est vital pour votre santé mentale ou physique, on ne l’arrête pas. On le garde, mais on ajoute un traitement antihypertenseur adapté - généralement un calcium-antagoniste ou un diurétique. Le but est de gérer les deux problèmes en même temps, pas de sacrifier un traitement efficace.

Comment savoir si je suis à risque d’hypertension médicamenteuse ?

Vous êtes à risque si vous : prenez plusieurs médicaments à la fois, avez déjà une hypertension, souffrez d’une maladie rénale, êtes âgé de plus de 60 ans, ou utilisez des NSAID ou des décongestionnants régulièrement (plus de 3 jours par semaine). Si vous répondez oui à l’un de ces points, demandez à votre médecin de vérifier votre pression plus souvent.


Loïc Grégoire

Loïc Grégoire

Je suis pharmacien spécialisé en développement pharmaceutique. J'aime approfondir mes connaissances sur les traitements innovants et partager mes découvertes à travers l'écriture. Je crois fermement en l'importance de la vulgarisation scientifique pour le public, particulièrement sur la santé et les médicaments. Mon expérience en laboratoire me pousse à explorer aussi les compléments alimentaires.


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1 Commentaires


marie-aurore PETIT

marie-aurore PETIT

février 23, 2026

J’ai eu un pic à 180/105 après avoir pris un décongestionnant pour un rhume… J’ai cru que c’était le stress, mais non. J’ai arrêté le sirop, et en 5 jours, j’étais à 120/75. Personne m’a dit que c’était risqué, même mon pharmacien !


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