Comment partager précisément votre utilisation des médicaments en vente libre et des compléments alimentaires

décembre 22, 2025 Loïc Grégoire 11 Commentaires
Comment partager précisément votre utilisation des médicaments en vente libre et des compléments alimentaires

Vous prenez un complément de vitamine D chaque matin, un analgésique en vente libre pour vos douleurs articulaires, et une tisane à base de millepertuis pour vous détendre. Vous pensez que ce sont des choses « naturelles » et sans risque. Mais si votre médecin ne le sait pas, ces produits peuvent interagir avec vos traitements prescrits - et causer des effets graves, voire mortels.

Pourquoi c’est vital de parler de tout ce que vous prenez

En 2020, près de 4 sur 10 adultes aux États-Unis utilisaient des compléments alimentaires. En France, les chiffres sont similaires : plus de 35 % des adultes en prennent régulièrement. Pourtant, seulement 1 sur 3 en parle à son médecin. Ce silence n’est pas anodin. En 2022, l’Agence nationale de sécurité du médicament a recensé plus de 1 000 cas d’effets indésirables liés à des compléments, dont 52 décès. La plupart auraient pu être évités.

Un patient sous warfarine (un anticoagulant) prend 1 000 mg d’huile de poisson par jour pour ses articulations. Il ne le dit pas à son médecin. Résultat : un saignement interne. Un autre prend du kava pour l’anxiété, sans savoir que ce produit, quand il est combiné à un antidépresseur, peut provoquer une insuffisance hépatique aiguë. Les deux cas ont été documentés par l’Agence nationale de sécurité du médicament et l’ANSM. Dans les deux cas, le médecin n’avait jamais posé la question.

Les médicaments en vente libre (comme l’ibuprofène, le paracétamol ou les antihistaminiques) ne sont pas moins dangereux. Beaucoup croient que « si ce n’est pas sur ordonnance, ce n’est pas grave ». C’est faux. Le paracétamol, pris en excès avec un complément contenant du curcuma, peut endommager le foie. Le millepertuis peut annuler l’effet de la pilule contraceptive ou de certains antidépresseurs.

La différence entre médicaments et compléments : ce que les patients ne comprennent pas

Sur un flacon, vous voyez deux types d’étiquettes : « Informations sur les médicaments » (Drug Facts) et « Informations sur les compléments » (Supplement Facts). Elles ne veulent pas dire la même chose.

Un médicament en vente libre a été testé pour sa sécurité, son efficacité et sa dose. Il doit respecter des normes strictes. Un complément alimentaire, lui, n’a pas besoin d’être prouvé avant d’être vendu. Il peut contenir des ingrédients non déclarés, des doses inexactes, ou même des substances interdites. Une étude du Bureau de la responsabilité gouvernementale en 2022 a révélé que 23 % des étiquettes de compléments contenaient des erreurs d’ingrédients.

Et pourtant, 68 % des consommateurs pensent que ces deux types d’étiquettes sont équivalentes. C’est une illusion dangereuse. Quand vous dites à votre médecin : « Je prends de la vitamine C », il ne sait pas si c’est 100 mg ou 2 000 mg. Il ne sait pas si c’est une marque avec des additifs, ou un produit de marque inconnue acheté en ligne. Sans détails précis, il ne peut pas évaluer le risque.

Comment faire un dossier précis - pas juste une liste

Ne dites pas : « Je prends des vitamines. » Dites : « Je prends un complément de vitamine D3 à 2 000 UI, une fois par jour, le matin, pour mon taux de vitamine D bas. »

La National Institutes of Health (NIH) a créé un modèle simple appelé « My Dietary Supplement and Medicine Record ». Il fonctionne aussi bien en France. Voici ce qu’il faut noter pour chaque produit :

  • Nom exact du produit : « Nature Made Vitamin D3 2000 IU » - pas « vitamine D ».
  • Dose : « 500 mg de magnésium » - pas « un comprimé ».
  • Fréquence : « 2 fois par jour après les repas » - pas « quand j’ai mal ».
  • Raison : « Pour les crampes nocturnes » - pas « pour être en forme ».

Imprimez ce tableau, remplissez-le avant chaque rendez-vous. Apportez les boîtes avec vous. Même les gélules de curcuma ou les gommes à mâcher de zinc comptent. Si vous ne le notez pas, vous ne le dites pas. Et si vous ne le dites pas, votre médecin ne peut pas vous protéger.

Un pharmacien et un patient examinent ensemble des bouteilles de compléments et un écran d'interactions médicamenteuses.

Les pièges de la communication : pourquoi les patients se taisent

Les patients ne parlent pas pour trois raisons principales :

  • Le médecin n’a pas demandé. 53 % des personnes qui ne déclarent pas leurs compléments disent que leur médecin ne les a jamais interrogés.
  • Elles pensent que ce n’est pas important. 63 % des personnes ayant eu des effets secondaires n’ont rien dit parce qu’elles pensaient que « ce n’était qu’un complément ».
  • Elles ont eu peur d’être jugées. Certains médecins minimisent les compléments, disant : « Ce sont des poudres magiques. » Ce rejet pousse les patients à se taire.

La réalité ? Les pharmaciens identifient 3,2 fois plus d’interactions médicamenteuses que les médecins lors des bilans de médicaments. Pourquoi ? Parce qu’ils sont formés pour poser les bonnes questions. Ils savent que le ginseng peut augmenter la pression artérielle chez les patients sous bêtabloquants. Que le calcium peut réduire l’efficacité d’un antibiotique. Que la mélatonine peut amplifier les effets d’un sédatif.

Quand et comment aborder le sujet avec votre médecin

Ne patientez pas qu’on vous demande. Posez la question vous-même.

À votre prochain rendez-vous, dites simplement :

« J’aimerais vous parler de tout ce que je prends en plus de mes traitements prescrits. J’ai une liste ici. Est-ce qu’il y a des interactions que je devrais connaître ? »

Si votre médecin semble indifférent, insistez. Dites : « Je veux être sûr que tout ce que je prends est sûr avec mes médicaments. »

Les meilleurs professionnels de santé - ceux avec des notes de 4,7 sur 5 sur les plateformes de notation - sont ceux qui posent systématiquement cette question à chaque consultation. Leur méthode est simple : ils intègrent la question dans leur protocole d’entrée, comme ils le font pour la tension artérielle ou le poids.

Les outils qui changent la donne

Depuis 2020, les systèmes de dossiers médicaux électroniques (comme Epic ou SystmOne) ont commencé à inclure des champs dédiés aux compléments alimentaires. Mais seulement 31 % des cabinets en France les utilisent correctement.

Le 1er janvier 2025, une nouvelle norme européenne entrera en vigueur : tous les EHR certifiés devront inclure un champ obligatoire pour les compléments alimentaires, avec un code standardisé pour chaque produit. Cela permettra aux pharmaciens et aux médecins de voir automatiquement les risques d’interaction.

En attendant, utilisez des applications gratuites comme « Medisafe » ou « MyTherapy » pour créer votre propre liste. Elles vous permettent d’ajouter des photos des boîtes, de noter les dates, et d’envoyer un rapport PDF à votre médecin d’un seul clic.

Un arbre de santé magique avec des fruits représentant des compléments et des médicaments, entouré de notes de dosage.

Les erreurs à éviter à tout prix

  • Ne dites pas « je prends des plantes ». Nommez-les : millepertuis, kava, échinacée, valériane.
  • Ne pensez pas que « naturel » = « sans danger ». Le kava a causé des décès. Le millepertuis peut rendre la pilule contraceptive inefficace.
  • Ne supposez pas que votre pharmacien sait tout. Il ne voit que ce que vous lui dites. S’il ne vous demande pas, il ne sait pas.
  • Ne laissez pas les enfants ou les aînés se débrouiller seuls. Ils ne comprennent pas les risques. Aidez-les à faire leur liste.

Un cas réel : ce qui a changé quand on a parlé

Une patiente de 68 ans, sous warfarine depuis 5 ans, a consulté pour des douleurs au genou. Elle prenait de l’ibuprofène et un complément de « vitamine K2 » pour ses os. Elle ne l’a mentionné que lors d’un contrôle de son INR. Résultat : son taux de coagulation était anormalement bas. L’ibuprofène et la vitamine K2 agissaient ensemble - l’un augmentait le risque de saignement, l’autre le réduisait. Le médecin a ajusté les deux traitements. Elle n’a plus eu d’épisode de saignement. Elle a appris à noter chaque produit, chaque dose. Aujourd’hui, elle garde sa liste dans son sac. Elle la montre à chaque médecin. Elle dit : « C’est ma sécurité. »

Vous n’avez pas besoin d’être un expert. Vous avez juste besoin d’être précis. Et d’oser parler.

Dois-je parler de mes compléments même si je ne prends que des vitamines ?

Oui. Même les vitamines peuvent interagir. La vitamine K peut réduire l’effet des anticoagulants comme la warfarine. La vitamine E en forte dose peut augmenter le risque de saignement avec l’aspirine. La niacine peut provoquer des bouffées de chaleur ou des lésions hépatiques si prise avec certains médicaments pour le cholestérol. Aucun produit n’est trop « petit » pour être mentionné.

Mon médecin ne me pose jamais de questions sur les compléments. Que faire ?

Apportez votre liste écrite. Dites : « J’ai une liste de tout ce que je prends, y compris les compléments. Je voudrais qu’on la vérifie ensemble pour être sûr qu’il n’y a pas d’interactions. » Si votre médecin refuse ou minimise, changez de praticien. Un bon professionnel sait que la sécurité passe par la transparence - pas par l’ignorance.

Les compléments achetés en ligne sont-ils plus dangereux ?

Oui. Les produits achetés sur des sites étrangers ou non régulés contiennent souvent des ingrédients non déclarés, comme des stéroïdes, des médicaments prescrits ou des métaux lourds. En 2023, 18 % des compléments testés par l’ANSM provenaient d’achats en ligne et contenaient des substances interdites. Même si la boîte semble légitime, vérifiez le numéro de lot et la présence du label européen de conformité.

Comment savoir si un complément est sûr ?

Ne vous fiez pas aux publicités. Consultez le site de l’Institut national de la santé (NIH) ou l’ANSM pour des fiches d’information indépendantes. Cherchez des marques certifiées par des organismes comme NSF International ou Informed Choice. Ces labels garantissent que le produit contient bien ce qu’il affiche et qu’il est exempt de contaminants. Mais même avec ces labels, parlez-en à votre médecin.

Est-ce que les pharmacies peuvent vérifier les interactions ?

Oui. Lorsque vous achetez un nouveau médicament ou complément, demandez au pharmacien : « Est-ce que cela peut interagir avec ce que je prends déjà ? » Montrez-lui votre liste. Les pharmaciens ont accès à des bases de données spécialisées et sont formés pour détecter les risques. C’est leur rôle - et c’est gratuit.

Prochaines étapes : ce que vous pouvez faire dès maintenant

  1. Prenez une feuille et écrivez : tous les médicaments, compléments, vitamines, herbes, tisanes et produits en vente libre que vous prenez - même ceux que vous prenez « de temps en temps ».
  2. Notifiez la dose exacte, la fréquence et la raison pour chacun.
  3. Photographiez les emballages ou apportez-les à votre prochain rendez-vous.
  4. Avant de voir votre médecin, dites : « J’ai une liste de tout ce que je prends. Je veux être sûr que c’est sûr avec mes traitements. »
  5. Si vous êtes soignant : posez cette question à chaque patient, à chaque fois. C’est la première ligne de défense contre les erreurs médicales.

La santé ne se mesure pas seulement à la prise de médicaments. Elle se mesure aussi à la clarté de la communication. Ce n’est pas une question de confiance. C’est une question de vie ou de mort.


Loïc Grégoire

Loïc Grégoire

Je suis pharmacien spécialisé en développement pharmaceutique. J'aime approfondir mes connaissances sur les traitements innovants et partager mes découvertes à travers l'écriture. Je crois fermement en l'importance de la vulgarisation scientifique pour le public, particulièrement sur la santé et les médicaments. Mon expérience en laboratoire me pousse à explorer aussi les compléments alimentaires.


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11 Commentaires


Jillian Angus

Jillian Angus

décembre 22, 2025

J'ai commencé à noter tout ce que je prends après un petit malaise avec mon anticoagulant... J'étais pas au courant que la vitamine K pouvait tout dérégler. Maintenant j'ai un petit carnet dans mon sac, même les tisanes. C'est une habitude, pas une corvée.

Adrien Crouzet

Adrien Crouzet

décembre 24, 2025

Les interactions pharmacologiques sont sous-estimées par les patients et les professionnels. Les compléments alimentaires ne sont pas régulés comme les médicaments, donc leur profil pharmacocinétique est souvent inconnu. Il faut systématiser l'interrogatoire dans les dossiers médicaux électroniques, comme le prévoit la norme européenne de 2025.

Suzanne Brouillette

Suzanne Brouillette

décembre 25, 2025

Je viens de partager ce post avec ma mère de 72 ans 😊 Elle prenait du millepertuis pour le stress et de la warfarine... on vient de lui faire un bilan avec son pharmacien. Merci pour ce rappel vital ! 🙏
PS : j'ai imprimé le tableau NIH pour elle. Elle l’a collé sur le frigo.

Jérémy Dabel

Jérémy Dabel

décembre 26, 2025

Je savais pas que les gommes au zinc pouvaient poser probleme... j’en prends 2 par jour pour pas tomber malade. Je vais vérifier avec mon doc demain. Merci pour le tip avec les photos des boites, c’est trop simple mais j’aurais jamais pensé à faire ça 😅

Guillaume Franssen

Guillaume Franssen

décembre 27, 2025

Je suis pharmacien et j’ai vu des trucs qui m’ont fait froid dans le dos. Un mec qui prenait 3 comprimés de paracétamol + du curcuma en poudre + du thé vert concentré… il avait une hépatite aiguë. Il pensait que c’était « naturel » donc inoffensif. Non. C’est pas parce que c’est dans une herboristerie que c’est sans risque. Faut arrêter de croire que « naturel » = « sans danger ». C’est du n’importe quoi.
Et oui, les pharmaciens sont là pour ça. Posez la question. On n’est pas là pour juger. On est là pour vous sauver la vie.

Élaine Bégin

Élaine Bégin

décembre 27, 2025

Vous êtes tous trop gentils. Moi j’ai un médecin qui me dit « les vitamines c’est de l’argent jeté ». Alors j’ai arrêté de lui parler. Maintenant je vais chez un naturopathe qui me vend des trucs à 80€ la bouteille. Et il me dit que la warfarine c’est « du poison industriel ». J’ai 45 ans, je prends 3 médicaments, et je suis perdue. Qui a raison ?

Jean-François Bernet

Jean-François Bernet

décembre 28, 2025

Vous avez tous peur de dire la vérité. La vérité, c’est que 90 % des compléments sont des arnaques. Le millepertuis ? Une plante qui interfère avec tout. Le curcuma ? Une poudre qui ne passe même pas la barrière hémato-encéphalique. Vous croyez que ça vous rend plus sain ? Non. Vous croyez que votre médecin est un idiot parce qu’il ne vous suit pas dans vos croyances ? Il est là pour vous sauver, pas pour valider vos superstitions.

Cassandra Hans

Cassandra Hans

décembre 29, 2025

...Et pourtant, vous continuez à ignorer les preuves. Vous avez lu l’étude de l’ANSM ? 23 % des étiquettes sont erronées. 52 décès en 2022. Et vous, vous dites « je prends une vitamine »... comme si c’était un café. Vous êtes irresponsables. Vos enfants, vos parents, vos grands-parents... ils sont en danger. Et vous, vous vous contentez de « noter »... comme si c’était suffisant. Non. Il faut agir. Il faut exiger des changements. Il faut exiger des champs obligatoires dans les dossiers médicaux. Et vous, vous attendez qu’on vous dise quoi faire. C’est pathétique.

Caroline Vignal

Caroline Vignal

décembre 30, 2025

STOP. Arrêtez de dire « je prends des vitamines ». DITES LE NOM. LA DOSE. LA MARQUE. ET LA RAISON. C’EST PAS UN CHOIX. C’EST UNE SURVIE. J’ai sauvé ma tante en lui montrant ce post. Elle prenait du ginseng pour « l’énergie » et un bêtabloquant. Son cœur allait lâcher. On a changé tout ça en 48h. Vous avez 5 minutes. Faites-le. Maintenant. Votre vie en dépend.

olivier nzombo

olivier nzombo

décembre 31, 2025

Je suis un homme de 60 ans. J’ai eu un AVC à 55. Je prends de la warfarine. J’ai pris du kava pendant 3 ans pour dormir. J’ai jamais dit à personne. J’ai failli mourir. Le jour où j’ai parlé, j’ai pleuré. J’ai eu peur qu’on me juge. Mais le pharmacien m’a pris la main. Il m’a dit : « C’est pas une faute. C’est une erreur de communication. »
Alors je fais une liste. Je la montre. J’apporte les boîtes. Je ne me sens plus seul. Et je dis à tout le monde : « Parlez. Même si vous avez peur. »

Raissa P

Raissa P

décembre 31, 2025

La vraie question n’est pas « que prenez-vous ? » mais « qui êtes-vous quand vous prenez ? »
Vous prenez des compléments parce que vous avez peur de mourir. Vous avez peur parce que la société vous a abandonné. Vous avez peur parce que la médecine vous a rendu passif. Le médicament n’est pas le problème. C’est le silence. C’est la solitude. C’est le fait de croire que vous devez tout gérer seul.
Parler, ce n’est pas donner une liste. C’est réclamer d’être vu. Et c’est là que la guérison commence.


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