Vous avez peut-être entendu parler des biosimilaires, mais savez-vous vraiment ce qu’ils sont et comment ils se distinguent des génériques ? Beaucoup de professionnels de santé, même expérimentés, confondent les deux. Pourtant, la différence est fondamentale - et elle impacte directement les décisions de traitement, la sécurité des patients et la gestion des coûts dans les hôpitaux et les cabinets médicaux.
Les biosimilaires ne sont pas des génériques
Les génériques, c’est simple : ce sont des versions identiques d’un médicament chimique de référence. Prenez le paracétamol : peu importe la marque, la molécule est la même, sa structure est identique, et elle agit de la même manière. C’est pourquoi les génériques peuvent être approuvés avec seulement des études de bioéquivalence - on vérifie juste que le corps les absorbe de la même façon.
Les biosimilaires, eux, sont différents. Ce ne sont pas des copies. Ce sont des versions très similaires de médicaments biologiques, comme les anticorps monoclonaux ou les hormones peptidiques. Ces molécules sont produites à partir de cellules vivantes - des cellules humaines ou animales cultivées en laboratoire. Leur structure est complexe, parfois composée de plusieurs milliers d’atomes arrangés avec une précision extrême. Même un léger changement dans le processus de fabrication peut modifier leur comportement dans le corps.
La FDA exige que les biosimilaires soient « hautement similaires » à leur produit de référence, sans différence cliniquement significative en termes de sécurité, pureté ou puissance. Mais cela ne signifie pas identique. Des variations mineures dans les composants inactifs - comme les stabilisateurs ou les conservateurs - sont autorisées, tant qu’elles n’affectent pas l’efficacité ou la tolérance. C’est pourquoi les biosimilaires nécessitent des études cliniques complètes, souvent 1 à 2 essais comparatifs sur des centaines de patients, contrairement aux génériques qui n’en ont besoin d’aucune.
La confusion coûte cher - et parfois la vie
En 2017, une étude menée sur 120 professionnels de santé en oncologie a révélé que 40,1 % des participants n’étaient pas sûrs que les biosimilaires offraient la même efficacité que les produits d’origine. Un an plus tard, après une formation structurée de 12 sessions, ce taux est tombé à 8 % - et la confiance dans l’usage des biosimilaires est passée de 40 % à 92 %. Ce n’est pas un hasard : l’éducation change les pratiques.
Les conséquences de cette confusion sont réelles. Dans certains hôpitaux, les infirmiers hésitent à administrer un biosimilaire parce qu’ils pensent que c’est un « médicament de moindre qualité ». Les médecins, eux, craignent de déclencher une réaction immunitaire chez un patient atteint de polyarthrite rhumatoïde ou de cancer du sein. Pourtant, les données montrent que les profils d’immunogénicité des biosimilaires sont dans la même plage que ceux des produits de référence - et cela a été vérifié dans plus de 37 essais cliniques impliquant plus de 12 000 patients, selon l’American College of Rheumatology.
Le problème n’est pas seulement médical, il est aussi administratif. 78 % des hôpitaux américains ont déclaré avoir des difficultés à enregistrer correctement les biosimilaires dans leurs dossiers médicaux électroniques (DME). Certains systèmes, comme Epic, ne permettent pas de différencier automatiquement un biosimilaire d’un produit d’origine. Résultat : les pharmaciens doivent saisir manuellement des notes, ce qui augmente le risque d’erreur et freine l’adoption.
Les différences clés à retenir
Voici ce que tout professionnel de santé doit savoir :
- Origine : Les génériques sont des molécules chimiques simples ; les biosimilaires sont des protéines complexes produites dans des cellules vivantes.
- Tests d’approbation : Les génériques nécessitent des études de bioéquivalence ; les biosimilaires requièrent des études analytiques, non cliniques et cliniques complètes.
- Équivalence : Les génériques sont interchangeables par défaut ; les biosimilaires ne le sont que si leur statut d’interchangeable est officiellement reconnu par la FDA (et seulement dans certains États américains).
- Extrapolation des indications : Un biosimilaire approuvé pour une maladie (ex. : la polyarthrite) peut être utilisé pour d’autres maladies (ex. : la maladie de Crohn) si les données scientifiques le justifient - ce qui n’est pas le cas pour les génériques.
- Cout : Les biosimilaires réduisent les coûts de 15 à 30 % par rapport aux produits d’origine, contre 80 à 90 % pour les génériques.
Qui adopte le plus - et pourquoi ?
L’adoption des biosimilaires varie fortement selon les spécialités. Les rhumatologues sont les plus à l’aise : 68 % d’entre eux prescrivent régulièrement des biosimilaires pour la polyarthrite rhumatoïde. Pourquoi ? Parce qu’ils ont été parmi les premiers à recevoir des formations ciblées. L’American College of Rheumatology a publié des recommandations solides dès 2021, basées sur une vaste base de données cliniques.
En revanche, les endocrinologues ne sont que à 29 %. Pourtant, les biosimilaires d’insuline existent depuis 2015. Le problème ? Beaucoup ne comprennent pas que les différences dans les formulations (ex. : durée d’action, profil d’absorption) ne remettent pas en cause la sécurité, mais nécessitent une adaptation fine du traitement. Sans formation, la peur l’emporte sur la logique.
Les oncologues, eux, ont progressé rapidement : de 12 % en 2017 à 52 % en 2022. Leur motivation ? Le coût. Un traitement anti-HER2 comme le trastuzumab coûte plus de 100 000 $ par an. Un biosimilaire peut réduire cette facture de 30 %, ce qui change la donne pour les patients sans couverture complète.
Le rôle clé des pharmaciens
Les pharmaciens sont les meilleurs éducateurs. 76 % des hôpitaux américains ont mis en place des programmes animés par des pharmaciens cliniques. À l’UCSF Medical Center, une équipe de pharmaciens a organisé des ateliers mensuels, des fiches de référence, et des sessions de questions-réponses avec les médecins. Résultat : la réticence à prescrire est tombée de 58 % à 12 % en six mois.
Les pharmaciens hospitaliers ont aussi un avantage : ils sont mieux formés que leurs homologues en officine. Une enquête de 2021 a montré qu’ils avaient 27 % de scores de connaissance supérieurs. Pourquoi ? Parce qu’ils interagissent directement avec les dossiers médicaux, les ordonnances, et les protocoles de substitution. Ils voient les effets réels - et peuvent les expliquer.
La formation, pas la pression
Le message clé ? Il ne s’agit pas de forcer les médecins à prescrire des biosimilaires. Il s’agit de les former. La FDA a développé une Teaching Resource Guide complète, disponible en français, avec 12 modules sur les voies réglementaires, les données cliniques, la gestion des DME, et la communication avec les patients. Ce guide est gratuit, validé, et mis à jour régulièrement - et il est utilisé dans 147 écoles de médecine et 134 écoles de pharmacie aux États-Unis.
Les formations efficaces durent entre 8 et 12 heures. Elles doivent couvrir :
- Les différences fondamentales entre génériques et biosimilaires
- Les études de comparabilité et leur interprétation
- Le concept d’extrapolation et ses limites scientifiques
- Les différences d’immunogénicité et leur signification clinique
- Les protocoles de substitution et les lois locales (42 États américains ont des lois sur la substitution)
- La gestion des DME et les codes de facturation
Les jeunes professionnels sont plus vulnérables : ils ont 40 % moins de familiarité avec les biosimilaires que les praticiens expérimentés. C’est pourquoi l’éducation doit commencer dès la formation initiale - pas après la licence.
Et maintenant ?
Le marché mondial des biosimilaires a généré 12,3 milliards de dollars en 2022 - une croissance de 18 % par an. En Europe, ils représentent jusqu’à 80 % des ventes dans certaines catégories. Aux États-Unis, ils ne sont encore que 25 % du marché des biologiques. Pourquoi ce retard ? Parce que l’éducation n’a pas été prioritaire.
Les patients ne demandent pas des biosimilaires - ils demandent un traitement efficace, abordable, et sûr. Ce sont les professionnels de santé qui doivent leur expliquer pourquoi un biosimilaire n’est pas un « substitut de seconde classe ». Les données sont là. Les outils sont là. Il ne reste que l’action.
Commencez par un seul patient. Vérifiez son traitement. Posez-vous la question : est-ce un produit d’origine ou un biosimilaire ? Si vous ne le savez pas, c’est le moment d’apprendre.
Quelle est la différence entre un biosimilaire et un générique ?
Les génériques sont des copies exactes de médicaments chimiques simples, comme le paracétamol. Ils sont approuvés avec des études de bioéquivalence. Les biosimilaires, eux, sont des versions très similaires de médicaments biologiques complexes - comme les anticorps monoclonaux - produits dans des cellules vivantes. Ils nécessitent des études analytiques, non cliniques et cliniques complètes pour prouver leur similitude, car leur structure est trop complexe pour être copiée à l’identique.
Pourquoi les biosimilaires sont-ils moins chers que les produits d’origine ?
Les biosimilaires coûtent 15 à 30 % moins cher que les produits d’origine, car les fabricants n’ont pas à refaire les coûteuses études de phase 1 et 2. Ils s’appuient sur les données de sécurité et d’efficacité du produit de référence, et se concentrent uniquement sur la démonstration de similitude. Cela permet de réduire les coûts de développement, tout en garantissant la même qualité de traitement.
Un biosimilaire peut-il être substitué automatiquement à un produit d’origine ?
Seuls les biosimilaires désignés comme « interchangeables » par la FDA peuvent être substitués sans autorisation du médecin. Ce statut exige des études supplémentaires sur les changements répétés entre le biosimilaire et le produit d’origine. En France, la substitution n’est pas autorisée par défaut - elle nécessite toujours une ordonnance spécifique. Aux États-Unis, 42 États ont des lois sur la substitution, mais les règles varient : certains exigent une notification immédiate au prescripteur, d’autres pas du tout.
Les biosimilaires sont-ils sûrs pour les patients immunodéprimés ?
Oui. Les études cliniques montrent que les profils d’immunogénicité des biosimilaires sont dans la même plage que ceux des produits d’origine. Une méta-analyse de 37 essais impliquant plus de 12 500 patients (American College of Rheumatology, 2021) n’a pas révélé de différence significative dans les réactions immunitaires. Les risques sont donc équivalents, à condition que le biosimilaire soit utilisé selon son indication approuvée.
Pourquoi certains médecins hésitent-ils à prescrire des biosimilaires ?
Trois raisons principales : la méconnaissance des données scientifiques, la peur de l’extrapolation (utiliser un biosimilaire pour une indication non étudiée), et les difficultés techniques avec les dossiers médicaux électroniques. Une étude de 2019 a montré que 57 % des médecins avaient des doutes sur l’extrapolation des indications. Ces craintes diminuent fortement après une formation structurée, comme celles proposées par la FDA ou les sociétés savantes.
Delphine Lesaffre
février 14, 2026Je travaille en hôpital belge et j’ai vu des infirmiers refuser de donner un biosimilaire parce qu’ils pensaient que c’était « moins bon ». Après une petite formation de 20 minutes avec un pharmacien, tout a changé. Les patients n’ont rien senti, les coûts ont baissé, et personne n’est mort. Parfois, il suffit de parler calmement.
Je suis pas une experte, mais j’ai vu enough.
La peur, c’est ce qui tue plus que les médicaments.