La chimiothérapie change tout, même la façon dont vous mangez. Vous n’avez pas juste envie de bien manger - vous devez manger pour survivre à votre traitement. Les nausées, la perte d’appétit, le goût métallique, la bouche sèche : ces effets secondaires ne sont pas de simples désagréments. Ils menacent votre masse musculaire, affaiblissent votre système immunitaire, et peuvent même forcer votre équipe médicale à retarder ou arrêter votre traitement. La bonne nouvelle ? Ce n’est pas une bataille perdue d’avance. Avec les bonnes stratégies, il est possible de contrôler les nausées et de garder votre poids - même quand tout vous dit de ne rien avaler.
Ne suivez pas les règles de l’alimentation saine classique
Pendant la chimiothérapie, les conseils habituels sur les céréales complètes, les légumes crus ou les régimes faibles en gras ne s’appliquent plus. Ce n’est pas le moment de perdre du poids. Ce n’est pas le moment de privilégier les fibres si elles aggravent vos nausées ou vos diarrhées. Votre corps a besoin de plus de calories et de protéines que jamais - jusqu’à 30 % de plus qu’avant votre traitement. L’objectif n’est plus de prévenir le cancer à long terme, mais de vous permettre de terminer votre chimiothérapie sans interruption. Des études montrent que les patients qui ne mangent pas assez ont 37 % plus de risques de réactions toxiques graves et mettent 14 à 21 jours de plus à se rétablir.Les protéines sont votre alliée numéro un. Alors que les adultes en bonne santé ont besoin de 0,8 gramme de protéines par kilo de poids corporel, vous, vous en avez entre 1,2 et 2,0 grammes par kilo. Cela signifie que si vous pesez 70 kg, vous devez viser entre 84 et 140 grammes de protéines par jour. Pas une option. Une nécessité médicale. Vos muscles ne se reconstruisent pas tout seuls - ils ont besoin de carburant. Sans protéines, votre corps va se décomposer pour survivre. Et là, vous perdez non seulement de la force, mais aussi votre capacité à supporter les traitements.
Comment gérer les nausées ? La méthode qui marche vraiment
Les nausées pendant la chimiothérapie ne se traitent pas comme un simple mal d’estomac. Elles sont provoquées par des changements chimiques dans votre cerveau, et certains aliments les rendent bien pires. Évitez les aliments gras, frits ou très épicés - 73 % des patients disent que ces aliments déclenchent ou amplifient les nausées. Même les odeurs fortes peuvent vous rendre malade : le café, l’oignon, la viande grillée. Préférez les aliments froids ou à température ambiante. Un melon bien frais, une compote de pommes, ou des glaçons peuvent être plus faciles à avaler que des plats chauds.Boire pendant les repas ? Non. Cela gonfle votre estomac et aggrave les nausées. Buvez plutôt entre les repas. Un verre d’eau, une boisson sucrée, ou un thé à la menthe entre deux repas. Et mangez petit, mais souvent. Cinq à six repas par jour, de 300 à 400 calories chacun, c’est mieux que trois gros repas. Même si vous n’avez pas faim, essayez de manger à heure fixe. Votre corps s’adaptera. Une étude montre que 55 % des patients qui ont adopté cette méthode ont vu leurs nausées diminuer significativement.
Les solutions simples fonctionnent souvent mieux que les compléments chers. Des morceaux de gingembre séché (ou des bonbons au gingembre) ont soulagé plus de 280 patients sur les forums de survie au cancer. Des raisins congelés aident à soulager les ulcères dans la bouche. Utilisez des couverts en plastique - ils réduisent le goût métallique que beaucoup ressentent après le traitement. Et gardez des collations prêtes à portée de main : des biscuits au beurre de cacahuète, des noix, ou des yaourts grecs. Si vous voyez la nourriture, vous êtes plus enclin à la manger, même si vous n’avez pas faim.
Protéines et calories : comment les atteindre sans suppléments coûteux
Les suppléments comme Ensure Plus ou Juven peuvent aider, mais ils coûtent entre 35 et 45 € pour une boîte de 12. Pas tous les patients peuvent se les permettre. Heureusement, vous n’avez pas besoin de les acheter. Vous pouvez faire des shakes maison bien plus riches et bien moins chers. Mélangez 200 g de yaourt grec entier, une cuillère de beurre de cacahuète, une cuillère de miel, et un peu de lait ou d’eau. Vous obtenez environ 400 calories et 25 g de protéines - le double de ce que contient un yaourt ordinaire. Ajoutez une banane pour plus de calories et de potassium.Autres idées simples : ajoutez du fromage râpé sur les pâtes, du beurre ou de l’huile d’olive sur les légumes cuits, des œufs durs dans les salades, du lait entier au lieu de l’eau dans les soupes. Même un morceau de pain grillé avec du fromage fondu peut apporter 200 calories et 10 g de protéines. Le secret ? Ne cherchez pas à manger de grands plats. Accumulez les petites quantités tout au long de la journée. Une cuillère de beurre ici, un yaourt là, une poignée de noix en snack - ça fait une différence énorme à la fin de la journée.
Les oméga-3, comme l’EPA et le DHA, sont aussi un allié puissant. Des études montrent qu’ils augmentent l’appétit chez 62 % des patients qui perdent du poids. Vous pouvez les trouver dans les poissons gras (saumon, sardines, maquereau) ou en gélules. L’ESPEN recommande 1 à 2 grammes par jour. Ce n’est pas un supplément de luxe - c’est un outil thérapeutique.
La sécurité alimentaire : ne prenez pas de risques
Votre système immunitaire est en mode « faible ». Pendant la chimiothérapie, vous êtes plus vulnérable aux infections. Ce n’est pas le moment de manger des œufs crus, du fromage au lait cru, du poisson cru, ou des charcuteries non cuites. Les œufs doivent être cuits jusqu’à ce que le jaune soit solide - au moins 71 °C. Les plats préparés à la maison comme la mayonnaise ou la vinaigrette Caesar doivent être évités - sauf si vous utilisez des œufs pasteurisés. Lavez bien vos légumes, même ceux que vous épluchez. Utilisez des planches à découper séparées pour la viande et les légumes. Nettoyez vos mains avant et après chaque repas. Ce n’est pas de la paranoïa - c’est une règle de survie. 15 à 20 % des patients immunodéprimés développent une infection grave après avoir mangé des aliments contaminés.
Quand rien ne marche : les solutions médicales
Parfois, malgré tous vos efforts, vous ne parvenez pas à manger suffisamment. Votre poids chute, vous vous épuisez, vous ne tenez plus debout. Ce n’est pas une faiblesse. C’est un signe que votre corps a besoin d’aide médicale. Dans 15 à 20 % des cas, les patients ont besoin d’alimentation par sonde (entérale) ou par voie intraveineuse (parentérale). Ce n’est pas une défaite. C’est une extension de la nutrition. Des centres comme Mayo Clinic ont réduit les retards de traitement de 28 % en intégrant un suivi nutritionnel systématique dès le début du traitement. Si vous ne pouvez pas manger, demandez à votre équipe médicale : « Est-ce qu’on peut me proposer une aide nutritionnelle ? »Les outils qui changent tout
L’application « Nutrition During Treatment » de l’Institut National du Cancer, lancée en septembre 2023, a déjà été téléchargée plus de 42 000 fois. Elle permet de suivre vos calories, vos protéines, vos repas, et vous donne des idées de recettes adaptées à vos symptômes. Elle est gratuite, disponible en français, et simple à utiliser. En plus, l’American Cancer Society propose un service d’assistance 24h/24 et 7j/7 pour les questions nutritionnelles - 12 450 appels par mois en 2023. Et si vous êtes en France, les centres hospitaliers spécialisés en oncologie ont de plus en plus de diététiciens formés à la nutrition du cancer. Demandez à votre oncologue : « Est-ce que je peux être orienté vers un diététicien spécialisé ? »Les patients qui ont suivi un suivi nutritionnel personnalisé ont 31 % moins de retards de traitement et jusqu’à 12 % de meilleures chances de survie pour certains cancers. Ce n’est pas un luxe. C’est une partie intégrante de votre soin.
Pourquoi ne pas suivre un régime minceur pendant la chimiothérapie ?
Pendant la chimiothérapie, perdre du poids augmente les risques de complications, de retards de traitement et de mortalité. Votre corps a besoin de réserves pour guérir et combattre les effets du traitement. Les directives de l’ESPEN interdisent formellement les régimes restrictifs en calories pour les patients malnutris. Votre priorité n’est pas de maigrir - c’est de rester fort.
Les compléments alimentaires sont-ils indispensables ?
Non. Beaucoup de patients réussissent avec des aliments entiers. Mais si vous ne parvenez pas à atteindre vos besoins en protéines et en calories avec la nourriture seule, les compléments comme les shakes maison ou les produits médicaux (Ensure, Juven) peuvent être utiles. Ils ne remplacent pas la nourriture, mais ils la complètent quand elle ne suffit pas.
Comment savoir si je mange assez ?
Surveillez votre poids : une perte de plus de 2 % en une semaine ou 5 % en un mois est un signal d’alerte. Notez aussi votre énergie : si vous êtes constamment fatigué, faible, ou si vos vêtements vous deviennent trop larges, c’est que vous ne mangez pas assez. Un diététicien peut vous aider à calculer vos besoins exacts en fonction de votre poids et de votre traitement.
Les fruits et légumes crus sont-ils dangereux ?
Oui, pendant la chimiothérapie. Les fruits et légumes crus peuvent contenir des bactéries ou des moisissures que votre système immunitaire affaibli ne peut pas combattre. Préférez-les cuits, en compote, ou en jus pasteurisé. Si vous voulez les manger crus, lavez-les très soigneusement à l’eau claire, épluchez-les, et évitez les produits non emballés ou vendus en vrac.
Que faire si j’ai la bouche sèche ou des ulcères ?
Évitez les aliments acides (citron, tomate), épicés ou très salés. Privilégiez les aliments doux, humides et froids : yaourts, purées, potages, smoothies. Mâchez du chewing-gum sans sucre ou sucer des glaçons pour stimuler la salivation. Utilisez des couverts en plastique pour éviter le goût métallique. Si les ulcères sont douloureux, demandez à votre médecin un gel anesthésique local.
Vous n’êtes pas seul dans cette bataille. Des milliers de patients ont traversé ça avant vous. Ils ont appris à manger quand ils n’avaient pas faim, à trouver des solutions simples, à se battre pour leur corps. Ce n’est pas facile. Mais chaque bouchée que vous avalez est une victoire. Et chaque gramme de protéine, chaque calorie, vous rapproche un peu plus du jour où vous vous sentirez à nouveau en contrôle de votre vie.
Chantal Mees
décembre 25, 2025Je tiens à souligner l’importance cruciale d’un suivi nutritionnel personnalisé dès le début du traitement. Les données montrent clairement une réduction significative des retards thérapeutiques lorsqu’un diététicien est impliqué dès les premiers jours. C’est une pratique standardisée dans les centres de pointe, et pourtant, elle reste sous-utilisée dans bien des hôpitaux.
Chaque gramme de protéine ingéré est une déclaration de guérison. Il ne s’agit pas de régime, mais de survie physiologique. Le corps ne distingue pas entre « bon » et « mauvais » aliment en période de chimio - il ne demande qu’une chose : de l’énergie.
Les patients qui adoptent cette approche systématique ont une meilleure tolérance aux cycles, moins d’effets secondaires sévères, et surtout, une meilleure qualité de vie. Ce n’est pas un luxe. C’est un pilier thérapeutique.
Je recommande vivement à tout patient de demander une consultation diététique à son oncologue. C’est un droit, pas un privilège.