Vous venez de recevoir une ordonnance. Vous regardez l’étiquette. Les mots sont en anglais. Vous ne comprenez pas. Vous prenez le médicament comme vous le pensez, pas comme il faut. C’est une situation bien plus courante qu’on ne le croit. Aux États-Unis, plus de 25 millions de personnes ont une maîtrise limitée de l’anglais. Pour elles, chaque prise de médicament peut devenir un risque. Et pourtant, la plupart des pharmacies ne proposent pas d’instructions dans leur langue maternelle.
Les étiquettes en anglais tuent
Une étiquette de médicament en anglais peut sembler simple : « Prendre une fois par jour ». Mais pour quelqu’un qui ne parle pas anglais, ce mot « daily » peut être mal interprété. Un patient coréen a pris son anticoagulant deux fois par jour parce qu’il pensait que « daily » signifiait « chaque jour », sans comprendre que cela voulait dire « une seule fois par jour ». Ce n’est pas une erreur rare. Une étude de l’Institut de sécurité des médicaments a montré que les erreurs liées à la mécompréhension des instructions augmentent de 65 % quand les patients comptent sur des membres de leur famille pour traduire. Et ces erreurs peuvent tuer.
Les données sont claires : les patients non anglophones sont jusqu’à trois fois plus susceptibles de subir des réactions indésirables graves à cause d’une mauvaise prise de médicament. Pourquoi ? Parce que les étiquettes ne sont pas traduites, ou alors de manière incorrecte. Une étude de 2021 a révélé que seulement 57 % des pharmacies communautaires fournissent des étiquettes traduites. Le reste laisse les patients se débrouiller avec des mots qu’ils ne comprennent pas.
Traduire, ce n’est pas juste remplacer des mots
Traduire une ordonnance, ce n’est pas comme traduire un menu. Un mot comme « q.d. » ou « SIG » n’a aucun sens pour un patient. Même des termes simples comme « prendre avec les repas » ou « éviter l’alcool » peuvent être mal interprétés si la traduction est littérale. Une étude menée par ConcordantRx a montré que les traductions standardisées, conçues pour un niveau de lecture du 6e année, atteignent jusqu’à 100 % de compréhension chez les patients. En comparaison, les traductions classiques n’atteignent que 45 %.
La clé ? Des instructions simples, des symboles universels, et des pictogrammes validés par la FDA. Par exemple, un symbole de soleil signifie « prendre le matin ». Un symbole de lune signifie « prendre le soir ». Une croix rouge signifie « ne pas avaler avec de l’alcool ». Ces images ne nécessitent pas de traduction. Elles parlent à tout le monde.
Les traductions automatiques sont un piège
Beaucoup de pharmacies utilisent des outils comme Google Translate ou des logiciels automatisés pour traduire les étiquettes. C’est rapide. C’est bon marché. Et c’est dangereux. Une communication de sécurité de la FDA en 2020 a révélé que les traductions automatiques non validées produisent jusqu’à 38 % d’erreurs. Un mot comme « twice daily » peut être traduit par « deux fois par jour » - correct - mais si le logiciel confond « daily » avec « every day », le patient peut prendre deux comprimés au lieu d’un. Ou pire, un médicament pour la tension peut être traduit comme un antidouleur.
Les traductions professionnelles, elles, sont vérifiées par des traducteurs médicaux certifiés. Elles passent par un processus de validation clinique. Des entreprises comme RxTran, TransPerfect Healthcare ou LanguageLine Solutions proposent des traductions dans plus de 25 langues - y compris l’amharique, le bengali, le vietnamien, le népalais - avec une précision de 95 à 100 %. Ce n’est pas gratuit : cela coûte entre 2,50 et 5 dollars par ordonnance. Mais ce coût est minime comparé à celui d’une hospitalisation causée par une erreur médicamenteuse.
La bonne méthode : combiner les outils
La meilleure façon d’assurer la sécurité des médicaments pour les non-anglophones, ce n’est pas une seule solution. C’est une combinaison.
- Étiquettes bilingues : 89 % des patients comprennent mieux les instructions quand elles sont dans leur langue.
- Interprètes professionnels : 92 % de compréhension quand un interprète certifié explique l’ordonnance en personne ou par téléphone.
- Documents éducatifs culturellement adaptés : des brochures avec des exemples concrets, des images, des histoires de patients similaires - 85 % de réussite.
Les pharmacies qui utilisent cette approche multi-canaux réduisent les erreurs de 58 % et améliorent l’adhésion au traitement de 37 %. C’est une victoire pour les patients. Et pour les pharmacies : elles gagnent en confiance, en réputation, et en réduction des litiges.
Les lois existent… mais ne sont pas appliquées
Depuis 1964, la loi américaine interdit la discrimination fondée sur l’origine nationale. En 2000, le Département de la Santé a exigé un accès significatif aux soins pour les patients non anglophones. En Californie, les pharmacies doivent fournir des traductions pour les cinq langues les plus parlées dans leur région. À New York, c’est les dix langues. Mais la réalité est différente.
Seulement 32 % des pharmacies indépendantes ont un système fiable de traduction. Dans les hôpitaux, ce chiffre monte à 78 %. Ce déséquilibre crée des inégalités de soins. Un patient vivant près d’un hôpital a plus de chances de comprendre son traitement qu’un patient dans un quartier avec une petite pharmacie locale.
Et les pharmacies ne demandent même pas la langue préférée du patient. 47 % n’ont pas de processus pour identifier cette information. Alors, comment savoir si quelqu’un a besoin d’aide ?
Comment réclamer vos droits
Vous ne comprenez pas l’étiquette ? Vous avez le droit d’exiger une traduction. Voici comment faire :
- Demandez à la pharmacie : « Puis-je avoir les instructions dans ma langue ? »
- Si la réponse est non, demandez un interprète professionnel. Ne laissez pas un enfant ou un voisin traduire.
- Si la pharmacie refuse, demandez à parler au directeur ou au pharmacien en chef.
- Si rien ne change, signalez-le au Département de la Santé de votre État ou à l’Office for Civil Rights du gouvernement fédéral.
Vous n’êtes pas seul. Des centaines de patients ont déjà fait ce pas. Un patient vietnamien a réussi à faire changer la politique d’une pharmacie locale après avoir déposé une plainte officielle. Maintenant, tous les patients vietnamiens reçoivent des étiquettes traduites.
Le futur est en marche
À partir du 1er janvier 2024, la Californie oblige les pharmacies à certifier leurs processus de traduction. En 2024, les systèmes électroniques de dossiers médicaux devront automatiquement détecter la langue préférée du patient et déclencher une traduction. En 2026, 85 % des pharmacies devraient avoir un système de traduction intégré.
Les progrès sont réels. Mais ils ne viendront pas d’eux-mêmes. Ils viendront de patients qui demandent, de familles qui insistent, de communautés qui s’organisent. La sécurité médicamenteuse n’est pas un luxe. C’est un droit. Et il ne devrait pas dépendre de la langue que vous parlez.
Les erreurs les plus fréquentes (et comment les éviter)
Voici les pièges les plus courants, et comment les contourner :
- Erreur : Prendre un médicament « une fois par jour » deux fois parce que « daily » a été mal traduit.
Comment éviter : Demander une étiquette avec pictogrammes (soleil/lune) et vérifier avec un interprète. - Erreur : Boire une solution inhalée en la confondant avec une seringue.
Comment éviter : Demander une explication orale avec des images du dispositif. - Erreur : Arrêter un antibiotique parce qu’on se sent mieux, sans comprendre la durée du traitement.
Comment éviter : Demander une brochure écrite dans sa langue avec les étapes du traitement.
Chaque erreur peut être évitée. Mais seulement si vous savez que vous avez le droit de demander.
Comment les pharmacies peuvent faire mieux
Les pharmacies ne sont pas des vilains. Elles sont souvent débordées. Mais elles peuvent changer. Voici ce qu’elles doivent faire :
- Former le personnel à la compétence culturelle (au moins 8 heures de formation).
- Intégrer un système de traduction validée (RxTran, LanguageLine, etc.) avec leur logiciel de gestion.
- Afficher clairement les langues disponibles à la caisse ou sur leur site.
- Demander systématiquement la langue préférée au moment de la prise de l’ordonnance.
- Tester la compréhension du patient : « Pouvez-vous me répéter comment vous allez prendre ce médicament ? »
Les pharmacies qui le font voient une hausse de 22 % de la satisfaction des patients et une baisse de 15 % des coûts liés aux erreurs médicamenteuses. C’est bon pour les patients. Et pour les affaires.
Et si vous êtes un proche ?
Vous aidez un parent, un voisin, un ami qui ne parle pas anglais ? Voici ce que vous pouvez faire :
- Ne traduisez pas vous-même. Utilisez un service professionnel.
- Accompagnez-le à la pharmacie. Posez les questions à sa place.
- Enregistrez la conversation si possible (avec son accord).
- Prenez une photo de l’étiquette et envoyez-la à un service de traduction médicale en ligne.
- Parlez à la pharmacie. Dites : « Il/Elle ne comprend pas l’anglais. Nous avons besoin d’aide. »
Vous n’avez pas besoin d’être un expert. Vous avez juste besoin d’être là.
André Dellara
janvier 9, 2026Il est absolument crucial, et je le répète, absolument crucial, de reconnaître que la barrière linguistique dans les soins de santé n’est pas un simple inconfort - c’est une question de vie ou de mort. Les étiquettes en anglais, mal traduites, tuent - point final. Il faut des normes nationales, obligatoires, avec des sanctions pour les pharmacies récalcitrantes. Et surtout, des pictogrammes universels, validés par des médecins, pas par des algorithmes. C’est une question de dignité humaine.