Chaque année, des millions de personnes dans le monde prennent un médicament qui n’est pas ce qu’il prétend être. Pas un simple défaut de fabrication. Pas une erreur de stockage. Mais une contrefaçon - un produit fabriqué pour ressembler à un vrai médicament, mais qui peut contenir du sucre, du talc, du poison, ou même une dose inconnue de la substance active. Et pourtant, la plupart du temps, vous ne le saurez pas avant qu’il ne soit trop tard.
Les contrefaçons ne viennent pas toujours des pays lointains
On imagine souvent les médicaments contrefaits comme venant de laboratoires clandestins en Asie ou en Afrique. Mais la réalité est plus proche. En 2023, selon l’OMS, plus de 89 % des médicaments contrefaits en Europe et aux États-Unis proviennent de sites web non autorisés. Des sites qui ressemblent à des pharmacies en ligne, avec des noms comme "PharmacieDurable.fr" ou "MediSave24.com". Ils proposent des prix 70 % plus bas que les pharmacies traditionnelles. Des prix trop beaux pour être vrais. Et pourtant, 41 % des consommateurs américains interrogés en 2023 par la NABP ont quand même commandé sur ces sites, sans vérifier le logo ".pharmacy" qui devrait y figurer.En France, les pharmacies en ligne légales sont rares. Seules celles qui affichent le logo officiel de la Fédération des Pharmaciens d’Officine sont autorisées. Mais les contrefacteurs ont appris à imiter ces logos. Ils copient les couleurs, les polices, les mentions légales. Ils utilisent des photos de boîtes originales. Ils copient même les numéros de série. Ce n’est plus une question de "marché noir". C’est une industrie organisée, avec des réseaux de livraison, des sites de paiement sécurisés, et des témoignages falsifiés.
Comment détecter un médicament contrefait ?
Vous n’avez pas besoin d’être chimiste pour repérer un médicament contrefait. Vous avez juste besoin d’être attentif. L’Alliance mondiale des professions de santé a créé un outil simple, appelé "BE AWARE". Il vous suffit de vous poser cinq questions avant de prendre un comprimé :- B - Boîte : L’emballage est-il intact ? Les scellés sont-ils cassés ? Y a-t-il des traces de réouverture ?
- E - Écriture : Les lettres sont-elles nettes ? Y a-t-il des fautes d’orthographe ? Le nom du médicament est-il bien écrit ?
- A - Apparence : Le comprimé a-t-il la même forme, la même couleur, le même marquage que la dernière fois ?
- W - Warning : La notice est-elle présente ? Est-elle en français ? Est-elle lisible ?
- ARE - Authenticité : Le code-barres ou le QR code fonctionne-t-il ? Le numéro de série peut-il être vérifié sur le site du fabricant ?
En 2022, une étude publiée dans le PMC a montré que les patients qui suivent ces cinq étapes repèrent entre 70 % et 80 % des contrefaçons par simple inspection visuelle. C’est une performance énorme - et c’est vous qui la faites.
La technologie ne remplace pas l’œil humain
Depuis 2019, l’Union européenne a rendu obligatoire la sérialisation : chaque boîte de médicament contient un code unique, comme un numéro d’identité. Les pharmacies doivent le scanner à la vente. Cela semble parfait. Mais en réalité, les contrefacteurs ont trouvé le moyen de le contourner. Ils copient les codes, ils les réutilisent, ils les imitent avec des imprimantes de haute qualité. Certains médicaments contrefaits ont même des codes valides, mais contiennent du paracétamol à la place de l’insuline.En 2023, l’OMS a rapporté que 73 % des contrefaçons passent maintenant les inspections visuelles basiques. C’est là que la vigilance du patient devient cruciale. La technologie peut vous dire si le code est authentique. Mais elle ne peut pas vous dire si le comprimé est blanc ou jaune, s’il a un goût amer, s’il se désintègre trop vite. C’est vous qui le sentez. C’est vous qui le voyez. C’est vous qui le prenez.
Le piège du prix bas
Le plus grand piège, c’est le prix. Un antidiabétique qui coûte 2 euros au lieu de 20 ? Un antibiotique à 5 euros en ligne ? C’est un avertissement. En 2023, l’FDA a analysé 12 000 signalements de médicaments contrefaits. Dans 78 % des cas, les victimes ont déclaré : "Je n’ai pas pensé à vérifier, car le prix était trop bon pour être vrai."Les contrefacteurs savent que les gens sont pressés. Ils savent que les malades sont désespérés. Ils savent que les personnes âgées ne comprennent pas la technologie. Ils exploitent cela. Et ils le font bien.
Une étude de Servier en 2022 a montré que les patients qui ont acheté un médicament contrefait ne le remarquent souvent qu’après plusieurs prises. Ils pensent que le médicament "ne marche pas". Ils changent de pharmacie. Ils augmentent la dose. Ils vont chez le médecin. Et parfois, c’est trop tard.
Que faire si vous suspectez un médicament contrefait ?
Vous avez un doute ? Ne le jetez pas. Ne le prenez pas. Ne le donnez pas à quelqu’un d’autre.Voici ce qu’il faut faire :
- Conservez la boîte, la notice, et le reçu.
- Prenez une photo du médicament, de l’emballage, et du code-barres.
- Appelez votre pharmacie. Demandez-lui de vérifier le numéro de série avec le fabricant.
- Signalez-le à votre autorité sanitaire : en France, c’est l’ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament). Vous pouvez le faire en ligne sur ansm.sante.fr ou par téléphone au 0800 636 636 (appel gratuit).
- Si vous avez pris le médicament et ressentez des effets inhabituels (nausées, vertiges, palpitations), consultez immédiatement un médecin.
En 2023, les signalements des patients ont permis à l’ANSM de bloquer 142 lots de médicaments contrefaits en France. Et dans le monde, selon Pfizer, 14 000 signalements de patients ont conduit à la saisie de 217 lots, empêchant plus de 3,2 millions de doses dangereuses d’être consommées.
Les bons réflexes à adopter
La vigilance n’est pas un acte ponctuel. C’est une habitude. Voici ce que vous pouvez faire dès maintenant :- Ne commandez jamais de médicaments sur des sites qui n’affichent pas le logo ".pharmacy" ou qui ne sont pas liés à une pharmacie physique connue.
- Comparez toujours l’apparence de votre médicament avec la dernière boîte que vous avez eue. Même un petit changement de couleur ou de forme est un signal d’alerte.
- Utilisez l’application "MedCheck" (disponible sur iOS et Android). Elle permet de scanner les codes-barres et de vérifier l’authenticité de plus de 5 000 médicaments en Europe.
- Si vous achetez en ligne, choisissez toujours une pharmacie avec une adresse physique, un numéro de téléphone, et un pharmacien disponible.
- Apprenez à vos parents ou grands-parents à regarder les emballages. Ce sont eux les plus vulnérables.
Les limites de la vigilance - et pourquoi elle reste essentielle
Il ne faut pas se leurrer : la vigilance du patient n’est pas une solution parfaite. Dans les pays pauvres, où les médicaments authentiques sont trop chers, les gens n’ont pas le choix. Dans les zones rurales, où la littératie est faible, les instructions ne sont pas comprises. Et certains contrefaits sont si bien faits qu’ils passent même les tests de laboratoire.Le Dr Paul Newton, de l’université d’Oxford, a écrit dans The Lancet en 2023 : "Mettre la responsabilité sur les patients dans les pays pauvres, c’est déléguer l’échec des systèmes de santé." Il a raison. Ce n’est pas à vous de combler les lacunes des États.
Mais tant que ces lacunes existent, vous êtes la dernière ligne de défense. Si vous ne vérifiez pas, personne ne le fera à votre place. Si vous ne signalez pas, les contrefacteurs continueront. Et chaque jour, des milliers de personnes prennent un médicament qui pourrait les tuer - simplement parce que personne n’a regardé.
La technologie avance. Les lois s’améliorent. Mais la seule chose qui peut arrêter un médicament contrefait avant qu’il n’atteigne votre gorge, c’est votre regard. Votre curiosité. Votre courage de poser la question : "Est-ce vraiment ce que je crois ?"
Comment savoir si un site de vente en ligne de médicaments est légal ?
Un site légal affiche clairement le logo ".pharmacy" (aux États-Unis) ou est lié à une pharmacie physique reconnue. En France, vérifiez que le site est inscrit sur le site de l’Ordre des Pharmaciens. Ne faites jamais confiance à un site qui ne donne pas d’adresse physique, de numéro de téléphone ou de nom du pharmacien responsable.
Les médicaments contrefaits sont-ils dangereux même s’ils ne contiennent pas de toxines ?
Oui. Même un médicament contenant du sucre ou du talc peut être mortel. Si vous prenez un faux antihypertenseur, votre tension peut exploser. Si vous prenez un faux antibiotique, une infection peut devenir sévère. Si vous prenez un faux antidiabétique, votre glycémie peut plonger ou s’envoler. L’effet est le même que si le médicament était absent - mais vous pensez qu’il fonctionne, alors vous ne consultez pas.
Les QR codes sur les boîtes de médicaments sont-ils fiables ?
Ils sont plus fiables que les emballages imprimés, car ils sont liés à une base de données sécurisée. En France, depuis février 2024, les QR codes remplacent les notices papier et permettent de vérifier l’origine du médicament. Mais certains contrefacteurs les copient. Il faut donc utiliser l’application officielle de l’ANSM ou de l’OMS pour scanner le code, et non un simple lecteur de QR code générique.
Pourquoi les fabricants ne mettent-ils pas de système anti-contrefaçon plus visible ?
Ils le font, mais les contrefacteurs s’adaptent plus vite. Les codes-barres, les hologrammes, les QR codes, les emballages à changement de couleur - tout cela a été mis en place. Mais chaque fois qu’un nouveau système est lancé, les contrefacteurs le copient en quelques mois. La solution n’est pas dans la technologie seule, mais dans l’éducation du patient. C’est pourquoi des campagnes comme celle de la Thaïlande, qui a réduit les contrefaçons de 37 % en trois ans grâce à l’éducation communautaire, sont si efficaces.
Si je ne trouve pas de médicament dans ma pharmacie, puis-je le commander en ligne ?
Non. Si un médicament est en rupture dans votre pharmacie, demandez à votre médecin s’il existe une alternative. Ne cherchez pas sur Google. Ne cliquez pas sur les publicités. Même si le site semble sérieux, 89 % des médicaments contrefaits proviennent d’achats en ligne non vérifiés. La sécurité ne se négocie pas.
Manon Friedli
janvier 22, 2026Je viens de vérifier ma dernière ordonnance et j’ai vu que la couleur du comprimé était un peu plus claire que d’habitude. J’ai appelé ma pharmacie et ils m’ont dit que c’était un nouveau lot. Mais j’ai quand même pris une photo et je vais la leur envoyer. Mieux vaut prévenir que guérir, non ? 😊